Langue:   Language:   Nyelv:  
Advanced search


European naval forces between eclipse and dependence?

(This article is not available in English.)
Marine&Océans n°241, automne 2013 - 22 octobre, 2013
Article

Le think-tank néo-conservateur American Enterprise Institute vient de publier un rapport particulièrement dense (1) analysant l’évolution des principales marines européennes, sous le titre « L’OTAN en mer : tendances concernant la puissance navale des alliés ». Ses conclusions sont limpides : les marines française, britannique, espagnole et italienne (l’Allemagne étant considérée comme un cas à part) sont toutes confrontées à cet exercice délicat qui consiste à réduire leur format tout en essayant de préserver, dans la mesure du possible, une certaine polyvalence.  

Sous l’effet ciseau des coupes budgétaires et de la hausse du coût des bâtiments, les capacités des marines européennes se retrouvent ainsi dangereusement réduites alors même que leurs missions vont croissant : lutte contre les trafics en tous genres, immigration, contrôle des pêches, surveillance des zones économiques exclusives… A cela s’ajoute le basculement opéré par les Américains vers l’Asie qui les laisserait seules à gérer les crises en Méditerranée, à un moment où les sources d’instabilité s’y multiplient, sans parler des mutations géopolitiques dans d’autres parties du globe qui justifieraient de leur part une présence plus affirmée.

Le rapport étant rédigé à travers un prisme américano-otanien, l’accent est mis sur les conséquences, pour l’Alliance et les forces navales américaines, de cette attrition des marines européennes qui poserait clairement la question de leur capacité « à se projeter et à soutenir des opérations sur leurs flancs maritimes du Sud et de l’Est ».

Compte tenu de cette évolution, les Etats-Unis doivent donc s’attendre, estime le rapport, à devoir s’investir toujours plus que leurs alliés alors que leurs propres ressources sont elles-mêmes en réduction.  Selon l’analyse de l’AEI, ceci conduirait à une situation où la marine américaine, qui compte aujourd’hui  11 porte-avions, pourrait se voir contrainte de conserver la Méditerranée comme troisième zone opérationnelle permanente en plus des deux principales que constituent le Pacifique occidental et le golfe Persique rattaché à l’océan Indien, ce qu’elle faisait à une époque de faste budgétaire avec 15 porte-avions.

Vu d’Europe, une telle abdication de nos responsabilités ne serait pas sans risques. Pour reprendre les mots du Britannique Robert Cooper, éminence grise du Service européen d’action extérieure de l’Union Européenne, cela signifierait que dans une crise grave « les Européens se retrouveraient totalement  dépendants du bon-vouloir de l’Amérique ». Non sans conséquences.

Petit rappel utile : en 1994 les Américains n’ont pas hésité - à la grande surprise de leurs alliés - à retirer sans préavis leurs bâtiments de l’opération Sharp Guard menée sous l’égide de  l’OTAN, suite à un simple amendement déposé par deux sénateurs mécontents.

Ce n’est donc pas par pure « fierté nationale », comme l’évoque le rapport de l’American Enterprise Institute, qu’il convient de veiller à ne pas réduire les forces navales européennes à de simples auxiliaires de l’US Navy mais bien par précaution, pour éviter de se retrouver confronté à ce type de situation militairement et politiquement aliénantes.

 

(1) Bryan McGrath, NATO at Sea: Trends in Allied Naval Power, National Security Outlook No. 3 September 2013, American Enterprise Institute for Public Policy Research.

 


share:

Tags:
budgets de défense, relations transatlantiques, europe de la défense


News Briefs
Presentation on the geopolitics of sacred places

Presentation on the place of sacred sites in geopolitics: the...

Conversation on the start of major combat operations against Iran

 
Four years into the war in Ukraine: the list of my writings on the subject

Have a good reading!
Conversation on the new American foreign policy

 
Interview excerpt in Yomiuri Shimbun on U.S. alliance policy

 
Conversation on the U.S. strategy and Europe

 
Conversation on the U.S., Europe and transatlantic relations

 
Interview on U.S. policy and the war in Ukraine

 
Three years into the war in Ukraine: the list of my writings on the subject

Have a good reading!
Interview, in Hungarian, on the new Trump administration's policies

Transatlantic relations, NATO, disinformation, global tech race, WHO, energy, China and more.





Most popular

America Lost in Iran—It Could Either Erode U.S. Power or Give a Boost to It

 
Presentation on the geopolitics of sacred places

Presentation on the place of sacred sites in geopolitics: the...





COPYRIGHT © Hajnalka Vincze TOUS DROITS RÉSERVÉS