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Public opinion on EU enlargement 2002

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Journal Francophone de Budapest - 15 octobre, 2002
Article
Hajnalka Vincze

Paradoxalement, c’est à la suite de l’échec du premier référendum irlandais, en juin 2001, sur la ratification du traité de Nice – rejeté par la population principalement par crainte d’être obligés d’abandonner leur neutralité traditionnelle – que les autorités et les médias européennes se sont pour la première fois sérieusement posé des questions sur l’attitude de l’opinion publique face à l’élargissement qui se prépare.

A la veille de la deuxième tentative de faire passer le traité en Irlande, le débat sur l’entrée des nouveaux membres commence à prendre forme, en premier lieu grâce au fait que depuis janvier dernier des dossiers à forte implication financière sont sur la table des négociations. Malgré certains scénarios catastrophes qui prévoient le blocage de tout le processus, c’est essentiellement à long terme que les conséquences fâcheuses d’une mauvaise communication et de la non-association de l’opinion publique au projet d’élargissement se feront sentir.

L’exception irlandaise

Les préoccupations liées à la neutralité une fois éliminées[1], le thème de l’élargissement est devenu, contrairement au premier vote, l’un des sujets majeurs de la campagne qui mène à la deuxième consultation du peuple irlandais sur le traité de Nice. Certains mouvements anti-Nice, qui s’étaient dits tous en faveur de l’élargissement en 2001, ont commencé à agiter le spectre de « hordes venues de l’Est » qui déferleraient sur le pays et priveraient les Irlandais de leur emploi. A l’autre côté, les pro-Nice soutiennent qu’aucune étude sérieuse ne prévoit une telle invasion et que l’Irlande ne devrait pas empêcher les pays d’Europe centrale et orientale de bénéficier des mêmes opportunités que celles qui lui ont été offertes après son adhésion en 1973[2].

De toute manière, les enquêtes d’opinion convergent pour dire qu’un éventuel rejet serait davantage dû à des facteurs conjoncturels et de politique intérieure (hausse des prix liée à l’introduction de l’euro, apathie d’un électorat appelé aux urnes pour la troisième fois consécutive cette année, mécontentement envers la politique économique du nouveau gouvernement) qu’à un supposé revirement de l’opinion qui reste en grande majorité – 60% selon les derniers sondages – favorable à l’élargissement (contre seulement 17% qui y sont opposés).

Impact sur l’élargissement ?

Dans ces conditions, rien d’étonnant à ce que les partisans du « oui » ont articulé leur campagne autour de la menace qu’un nouveau refus irlandais représenterait pour l’adhésion des nouveaux membres. Ils sont soutenus dans leurs efforts par les responsables européens qui ne cessent de répéter l’affirmation peu plausible selon laquelle il n’existerait pas de « plan B » et tout le processus d’élargissement serait bloqué en cas de rejet du traité par Dublin.

De toute évidence, il s’agit là de mettre un maximum de pression pour mobiliser les électeurs irlandais (la dernière fois seulement 32% d’entre eux se sont déplacés pour voter au sujet de Nice). En réalité, comme l’a laissé savoir le président de la Commission, Romano Prodi, dans un de ses moments d’inattention, ou encore la ministre française des Affaires européennes, Noëlle Lenoir, par une gaffe début septembre : bien que politiquement souhaitable, « la ratification du traité de Nice n’est pas légalement nécessaire » pour l’élargissement, et « si l’Irlande dit non, on continuera la procédure »[3].

Dangers de l’ignorance

Au fait, il ne serait que trop injuste si – pour la simple raison que l’Irlande est le seul pays de l’UE où le traité de Nice ait été soumis à l’approbation populaire – l’Etat membre dont l’opinion publique est l’une des plus pro-élargissement serait tenu pour responsable d’un report de l’invitation des nouveaux membres.

Car l’île d’Emeraude se trouve bien au-dessus de la moyenne communautaire de 50% en ce qui concerne le soutien à l’élargissement, les trois pays le plus réticents étant l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne (avec respectivement 43%, 40% et 38% d’opinion favorable à l’entrée des pays candidats[4]), soit les trois Etats membres qui non seulement sont politiquement les plus influents, mais aussi qui représentent à eux seuls plus de la moitié de la population de l’UE.

Pour l’heure, même si des voix réclamant plus de participation directe à ce grand projet européen commencent à s’élever[5], le processus d’élargissement semble bien à l’abri des aléas de l’opinion publique. Néanmoins, le fait que le seul message que Bruxelles entend adresser aux citoyens des Etats membres actuels se limite à l’affirmation vague selon laquelle « la réunification de l’Europe permettra d’étendre la zone de paix, de prospérité et de sécurité sur l’ensemble du continent » comporte, dès maintenant, le risque de faire converger des courants qu’a priori rien ne rapproche : les extrémistes anti-immigration et xénophobe, et les partisans fervents de l’UE qui trouvent que l’élargissement mal préparé mettrait en péril toute la construction européenne. En effet, la méconnaissance des enjeux et des conséquences de l’élargissement favorise la propagation d’idées fausses et leur instrumentalisation, et pourrait contribuer à la montée de l’euro-scepticisme au moment même où l’intégration des nouveaux membres nécessiterait encore plus de solidarité et d’efforts de la part des populations des Etats membres actuels.

 


[1] En effet, à la question du référendum du 19 octobre, une clause spécifique sera annexée, précisant que toute implication de l’Irlande dans la défense européenne devra être précédée d’un nouveau référendum.

[2] En réglant, quoique de façon insuffisante et provisoire, les soi-disant « reliquats d’Amsterdam » - à savoir les questions relatives à la composition de la Commission, à la repondération des votes au Conseil et à l’extension de la majorité qualifiée dans la prise de décision – le traité conclu en décembre 2000 à Nice est présenté comme celui qui institutionnellement ouvre la voie à l’élargissement.

[3] La « solution de rechange » la plus probable étant l’inclusion dans les traités d’accession des dispositions relatives aux reliquats d’Amsterdam.

[4] Les chiffres sont basés sur le dernier Eurobaromètre (N°57), effectué au printemps 2002.

[5] Parmi elles, l’article intitulé « Elargissement de l’Europe : nous exigeons un référendum! » signé par deux députés PS français, Arnaud de Montebourg et Christian Paul, dans Le Monde du 20 septembre 2002.


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