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Un sommet européen pas comme les autres

Journal Francophone de Budapest - 18 décembre, 2002
Note d’actualité
Hajnalka Vincze

Une fois n’est pas coutume, l’usage – si souvent abusif – du terme « historique » est pleinement et même doublement justifié au sujet du sommet de Copenhague.

D’un côté, la décision officielle sur l’entrée de huit pays d'Europe centrale et orientale[1] (avec Chypre et Malte), lesquels ont entamé leur marche vers l’UE dès la chute du mur de Berlin, signifie véritablement la fin de la division du continent et le début d’une ère nouvelle, non seulement pour les nouveaux membres (qui ne le deviendront d’ailleurs que le 1er mai 2004, après un long processus de ratification des traités d’adhésion dont la signature est prévue pour printemps prochain), mais aussi pour l’ensemble de l’intégration européenne. Car, de l’autre côté, il s’agit bien d’un changement de logique dans l’histoire de la construction européenne. La relative pauvreté des nouveaux venus – 4 % du PIB communautaire pour 20 % de population supplémentaire – mettra à mal les mécanismes de solidarité (en d’autres termes les transferts financiers), et leur grand nombre risquera de paralyser, dans certains domaines clés, la procédure de prise de décision entre Etats membres. Ce qui conduira ou bien à une dilution du projet européen ou bien à une réforme radicale des structures politico-institutionnelles de l’Union.

A Copenhague, ces défis étaient d’autant plus présents dans tous les esprits que la question de la Turquie – réclamant une date ferme dès 2003 pour l’ouverture des négociations d’adhésion – constituait l’autre grand dossier du sommet (la Roumanie et la Bulgarie devraient boucler leurs négociations plus tard, en vue d’une éventuelle adhésion en 2007). Si la proposition franco-allemande – laquelle prévoit un rendez-vous fin 2004 pour faire le bilan des réformes politiques adoptées par le nouveau gouvernement turc et décider de la date d'ouverture des négociations d'adhésion – recueuilla l’adhésion de la majorité des Quinze, ceux-ci étaient loin d’être unis en la matière. Au point que le débat autour de la candidature turque a pour un temps failli faire oublier que même la décision sur l’élargissement à dix ne semblait pas jouée d’avance.

Comme les moments historiques ne le sont, le plus souvent, que rétrospectivement, la réunion de Copenhague n’a pas été exempte de marchandages, d’avertissements et de suspens. Au fait, étant donné que tout le paquet financier a dû être bouclé au sommet des 12-13 décembre, rien d’étonnant à ce que c’est finalement à l’issue d’un minimum de dramaturgie – orchestrée principalement par la Pologne mécontente de l’offre des Quinze et la présidence danoise répétant que l’UE « n’avait pas un centime de plus » – que la décision historique a pu être officialisée.

 


[1] Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Lettonie, Lituanie, Estonie


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