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L’Europe face à son opinion publique : perceptions et attentes des citoyens

Journal Francophone de Budapest - 19 mars, 2003
Note d’actualité
Hajnalka Vincze

La première impression qui se dégage du dernier Eurobaromètre est celle d’une opinion publique dont le désir d’Europe politique contraste fortement avec les hésitations et les réticences des gouvernements.

En effet, les résultats du sondage réalisé en octobre et novembre derniers tombent juste au moment où les divisions des gouvernements au sujet des relations transatlantiques et du contenu du volet PESC (politique étrangère et de sécurité commune) de l’intégration ont fini par jeter un sérieux doute sur la possibilité même d’une approche et d’une action communes en matière de relations extérieures et de sécurité internationale. Or si certains sujets à la tête de l’agenda européenne ne sont toujours pas considérés par les citoyens comme des priorités ou enregistrent une baisse notable du soutien populaire (il s’agit respectivement de l’élargissement et de l’euro), l’idée d’une européanisation des domaines réputés les plus sensibles politiquement recueille par contre une adhésion massive des personnes interrogées.

L’UE, l’euro, les institutions

D’après l’Eurobaromètre N°58, publié en début mars, les principaux indicateurs relatifs à l’attitude des citoyens vis-à-vis de l’Union européenne demeurent relativement stables et globalement positifs (55% des personnes sondées pensent que l’appartenance de leur pays à l’UE est une chose positive, tandis que seuls 10% sont d’avis contraire), même si au sujet de la monnaie unique ils ont un peu perdu de leur euphorie initiale. A la suite de ce que neuf citoyens sur dix perçoivent comme une augmentation des prix fondée sur les arrondis, et du fait que 39% d’entre eux – soit une augmentation de 10% par rapport au printemps 2002 – se sentent peu ou mal à l’aise pour ce qui est de l’utilisation de la nouvelle monnaie, le niveau de soutien a baissé de 4 points dans la zone euro, mais s’établit toujours à 71%.

Il n’empêche que la confiance dans les institutions européennes s’est nettement accrue, le Parlement européen conservant et renforçant sa position de tête, suivi de près de la Cour de justice et de la Commission. En même temps, la nécessité des réformes institutionnelles est reconnue par la majorité de la population : le principe d’une Constitution européenne, tout comme celui de la responsabilité de la Commission devant le Parlement européen fait son chemin dans l’esprit du public (dont respectivement 65% et 69% soutiennent l’idée), celui-ci portant un regard critique sur la nomination du président de la Commission par les chefs d’Etat et de gouvernement et préférant de loin l’option de son élection directe par les citoyens européens.

Craintes et préoccupations

Dans un contexte politique mondial fait de crises ouvertes et latentes (prise d’otages de Moscou, intensification du conflit israélo-palestinien, menace d’intervention militaire en Irak), on assiste à une remontée des craintes liées à des défis sécuritaires, tels le terrorisme international (source de préoccupation pour 82% des personnes interrogées) ou la prolifération des armes de destruction massive (72%). Au point que 57% craignent une guerre mondiale et 52% redoute même un conflit nucléaire en Europe. Il n’est donc point étonnant que la lutte contre le terrorisme et le maintien de la paix et de la sécurité en Europe se trouvent au premier rang des priorités, considérées comme telles par 91% de la population.

Dans ces conditions, l’élargissement continue d’être le seul sujet qu’une majorité des répondants ne regardent toujours pas comme une priorité pour l’Union européenne (seuls 31% le considèrent comme une préoccupation du premier ordre), même si plus de la moitié de la population (52%) soutiennent l’adhésion de nouveaux membres – la France étant par ailleurs le seul pays comprenant plus de personnes opposées à l’élargissement (49%) que de personnes en faveur de celui-ci (41%).

Attentes et souhaits

Une nouvelle question introduite dans le sondage révèle que dans le domaine de la sécurité internationale, les Européens ont de sérieuses réserves pour ce qui est de l’attitude des Etats-Unis : 46 % d’entre eux considérant le rôle de l’Amérique comme négatif pour la paix dans le monde (contre 32% qui le voient comme étant positif). De l’autre côté, la politique de sécurité et de défense commune des pays membres de l’UE est l’un des thèmes les plus populaires (avec un soutien de 73%), de même que le souhait d’une politique étrangère commune est largement majoritaire (67%).

Et si les opinions sont partagées en ce qui concerne la conduite au niveau national ou en compétence européenne des politiques de défense (avec 48-48% pour les deux options), les personnes interrogées se prononcent massivement en faveur d’une prise de décision commune au sein de l’UE dans le domaine de la politique étrangère (73%) et surtout dans la lutte contre le terrorisme international (84%).

Toutefois, une remarque de taille risque de relativiser les beaux résultats : l’attachement des citoyens européens au droit de veto des gouvernements nationaux (la part de ceux qui sont favorables au maintien de cette ultime garantie a progressé de 3 points pour atteindre 53% face aux 24% qui s’accommoderaient volontiers de son abandon) ne contribue évidemment pas à lever les blocages qui paralysent les domaines considérés pourtant comme prioritaires. Reste à voir de quel côté (de celui de l’efficacité communautaire ou de celui du repli national) les évolutions actuelles feront pencher la balance.


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