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Petites perles de la semaine écoulée - compilation des entrées Google+ (26 mai 2014)

26 mai, 2014
Brève
Hajnalka Vincze
L’Europe de la défense
Le Lexington Institute déplore le déclin des forces terrestres européennes.Sans pour autant remonter aux origines de ce déclin… Pour l’analyste, « il n’y a pas de meilleur indicateur de la démilitarisation de l’Europe que le déclin de ses forces terrestres ». Et lui de noter : « Ironiquement, en dépit d’avoir passé par l'effondrement de l'Union soviétique et par près de deux décennies de budgets de défense spartiates, aujourd'hui l'armée russe se compare plutôt bien par rapport à son ancien adversaire, l’OTAN, notamment dans le domaine des forces terrestres. »
 
Ironiquement aussi, il s’agit là d’un des résultats palpables de notre auto-enfermement dans une logique d’origine américaine, conçue en partie pour nous pousser dans une position de dépendance et de vulnérabilité à la fois politique et industrielle. Cette logique impose une course folle à la technologie, et tant pis si le prix à payer, ce sont des budgets en ruine et le délaissement de pans entiers de capacités.
 
A méditer, les propos de l’amiral Owens, un des concepteurs du RMA (le soi-disant « révolution dans les affaires militaires ») : « Nous pouvons établir une nouvelle relation [avec nos alliés] qui soit fondée sur l’avantage comparatif dont disposent les Etats-Unis » dans les domaines ultra-technologiques. Il s’agit de moyens extrêmement coûteux à développer, ce qui poussera les Européens vers plus de « coopération » avec l’Amérique.  Or, poursuit-il, « Cela nous offrira un droit de regard sur la politique de défense de nos allié européens ». C’est à cette aune (aussi) qu’il faudrait apprécier l’insistance sur le maximum de sophistication possible, et le mépris pour tout ce qui serait soi-disant démodé et rustique.
 
A méditer aussi, en contrepoint, les observations de l’ancien chef de l’état-major, le général Henri Bentégeat. Ce dernier s’oppose à la vision ultra-technologisée, et réclame, à la fois pour des raisons budgétaires et opérationnelles, le retour à une sorte de rusticité (autrement dit : du bon sens).
 
D’après le général, s’il convient de garder l’interopérabilité avec nos alliés, « on peut néanmoins s'interroger au regard de l'augmentation exponentielle du coût de certains équipements les plus modernes, tant en ce qui concerne les coûts d'acquisition que du maintien en condition opérationnelle - je pense notamment au Rafale, aux SNA et aux FREMM, à l'équipement FELIN du fantassin ou encore aux systèmes d'information ou de communication. »
 
« Certaines missions - je pense à l'action de l'Etat en mer ou à la lutte contre la piraterie maritime - ne me paraissent pas nécessiter l'emploi d'une frégate multimissions FREMM mais pourraient très bien relever d'une simple frégate de surveillance ou d'un patrouilleur. (…) Pour l'intervention française au Mali, est-il réellement utile de recourir à la numérisation du champ de bataille, à la tenue FELIN du combattant, alors qu'il suffit souvent d'équiper nos fantassins d'un GPS, comme on le fait d'ailleurs en Afghanistan ? ».
 
Dit comme ça… Sauf que c’est toute une vision, importée certes, mais visiblement de mieux en mieux implantée en France, qui se trouve derrière. Et qui devrait donc être rejetée de toute urgence.
(Daniel Gouré, Tanks for the Memories, Europe, Lexington Institute, 23 mai 2014)
 
Royaume-Uni : achat d’armement US
« Besoins opérationnels urgents », c’est sous cette étiquette qu’en 2010 cinq Reapers américains ont été commandés par Londres, en vue d’un déploiement prochain en Afghanistan. En tout cas, c’était le plan. Mais alors que les troupes britanniques sont sur le départ, les nouveaux Reapers de sa Majesté n’ont pas encore volé dans le ciel afghan. La raison en est simple, à en croire le porte-parole du ministère de la Défense. La société américaine General Atomic devait d’abord traiter en priorité les commandes de l’USAF et faire attendre les valeureux britanniques, avec tous leurs « besoins opérationnels urgents ».
 
Ajoutons tout de suite que la priorité donnée aux commandes du Pentagone est une obligation contractuelle pour tous ses fournisseurs. Ce qui est d’ailleurs parfaitement légitime du côté US, mais devrait tout de même poser deux séries de questions du côté européen. De un, cette même obligation s’applique indépendamment de la nationalité de l’entreprise. Une fois dans l’orbite du Pentagone, les entreprises européennes doivent, eux aussi, donner la priorité à ses ordres. De deux, « les besoins opérationnels urgents » illustrent à merveille les avantages de pouvoir s’appuyer sur une base industrielle et technologique indépendante.
(Alice K. Ross, UK’s new Reaper drones remain grounded, months before Afghan withdrawal, Bureau of investigative Journalism, 22 mai 2014)
 
Joint Strike Fighter F-35
Le F-35B est pour l’heure incapable d’atterrir à la verticale. Ce qui ne séduira pas le public britannique, habitués aux Harrier qui le font depuis les années 60. La version STOVL (à décollage court et atterrissage vertical) du F-35 Joint Strike Fighter semble toujours avoir du mal à assurer la partie atterrissage vertical de son cahier de charges. Or cette version (qui dévore, à elle seule, au moins 21 milliards de dollars des 55 milliards consacrés au recherche & développement du JSF) est censée équiper un jour le(s) nouveau(x) porte-avions de sa Majesté, en lieu et place des Harrier, déjà retirés du service. Pour lesquels cette même manœuvre fut la routine dès les années 1960-1970…
 
D’après l’article, la vedette annoncée du salon aéronautique de Farnborough n’envisage donc pas d’y effectuer d’atterrissage vertical. Ce qui promet des moments quelque peu embarrassants à côté du Sea Harrier, également présent au salon pour incarner l’ancienne génération… Lequel fut, par ailleurs, deux fois plus léger et deux fois moins consommateur de kérosène que l’avion (toujours boiteux) du futur.
 
Pour rappel : le choix de cette merveille technologique américaine est pour beaucoup dans la décision finale des Britanniques d’abandonner l’idée d’un porte-avions à catapultes et, par là, l’interopérabilité avec les Rafale. Une perte d’autonomie à la fois au sens politique (pas d’option alternative à la coopération/subordination aux USA) et au sens opérationnel (le rayon d’action et la charge utile maximum des versions STOVL étant considérablement réduits par rapport à la version lancée par catapultes et freinée par des brins d’arrêt). ?
(Bill Sweetman, Why Can’t America’s Newest Stealth Jet Land Like It’s Supposed To?, The Daily Beast, 26 mai 2014)
 
L’Union européenne
Le Président Hollande parle d’Europe. Lors des commémorations du 8 mai, le chef de l’Etat fait un vibrant plaidoyer pour l’Europe (du genre « sortir de l’Europe c’est sortir de l’Histoire »), et il y fustige, entre autres, le « trop d’égoïsme » et le « repli national ». Ce qui fait penser à une remarque ironique de Christopher Patten (dernier gouverneur britannique de Hong-Kong, ancien Commissaire européen aux Relations extérieures) à propos des lamentations fréquemment entendues à Bruxelles sur « le manque de sentiment européen » à telle ou telle réunion.
 
D’après Patten : « J’imagine que l’on veut indiquer par là l’exaspération de voir les dirigeants démocratiquement élus de vingt-cinq Etats membres [28 depuis] peu disposés à reléguer au second plan ce qu’ils considèrent être les intérêts de leur propre pays, au profit d’un caprice plutôt vague. Ce que cette idée – si on peut considérer ça comme une idée – tend à oublier, c’est que l’ambition supranationale a été acceptée à l’origine parce qu’elle correspondait aux intérêts nationaux ». Reste à voir si c’est toujours le cas. L’Europe est censée être au service des Nations et pas vice versa. ?
(Le Président François Hollande interviewé par France2 lors des commémorations du 8 mai, le 8 mai 2014)
 
Allemagne : exportations d’armement
Le débat autour les exportations d’armement s’intensifie à nouveau en Allemagne.Notamment entre les partis de l’opposition qui se réfèrent aux promesses publiques du ministre de l’Economie à appliquer des critères plus rigoureux, et le parti de la chancelière Merkel (le CDU) soucieux d’assurer des débouchés pour les industriels allemands (même si cela signifie que la part des destinataires considérés comme pas tout à fait recommandables va en augmentant).
 
C’est toujours divertissant d’observer les contorsions des politiques d’outre-Rhin, à cheval entre leur idéologie pacifiste et la réalité des exportations d’armement. A noter cette remarque du député CDU Joachim Pfeiffer, réfutant les critiques concernant les ventes d’armes dans des zones de conflit : « Si j’exporte des détecteurs de mines, je dois les exporter vers un endroit où il y a des mines à éliminer, et non pas là où il n’y a pas de mines ». Certes. D’autant que, c’est bien connu, les conflits se limitent en général à de sympathiques actions de déminage…
 
A sa décharge, Pfeiffer fait également valoir des arguments de Realpolitik. Ainsi, il explique que « les exportations d’armement sont un instrument légitime et nécessaire de la politique étrangère et de sécurité » et qu’une approche plus restrictive dans ce domaine « conduirait à une dépendance dans le domaine de la technologie militaire ». Ce qui est vrai. Sauf qu’une telle exigence d’indépendance serait beaucoup plus crédible si elle ne s’appliquerait pas qu’au cas par cas, mais reposerait sur une vision stratégique.
(MP’s slam « Hypocritical » German Weapons Deals, Deutche Welle, 22 mai 2014)
 
Voir aussi la partie consacrée à l’Allemagne dans l’analyse « Les politiques d’armement en Europe » :

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Tags:
défense européenne, royaume-uni, ue, allemagne, armement, joint strike fighter/f-35


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