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Les perspectives d'une culture stratégique européenne commune

Hajnalka Vincze

La présente étude commence par examiner le concept de « culture stratégique », avant de tenter de dresser l’inventaire des nombreuses lignes de fracture divisant les Etats membres de l’UE dans ce domaine. Pour conclure, elle se focalise sur les forces qui permettent ou empêchent de surmonter ces divergences. En soulignant tout au long que la véritable question ne concerne pas la faisabilité d’une éventuelle synthèse, mais plutôt sa substance. Autrement dit, il s’agit de savoir si une culture commune européenne en matière de sécurité pourra-t-elle jamais avoir un contenu réellement stratégique.

Traditionnellement, les réflexions sur les cultures stratégiques procèdent de la prise de conscience que les conceptions en termes mécaniques basées sur la rationalité (données statistiques, modèles de comportement raisonnable, théories de jeu) finissent, en règle générale, par un fiasco des prévisions. Il convient de tenir compte de facteurs, regroupés sous le terme parapluie de culture stratégique, lesquels font qu’un tel ou tel Etat exclue d’emblée certaines options, tandis qu’il manifeste une préférence quasi instinctive pour d’autres. Ces éléments jouent ainsi un rôle déterminant à la fois au niveau de la conceptualisation et de la mise en oeuvre de la politique étrangère, de sécurité et de défense des Etats.


Du point de vue de la construction européenne, plusieurs questions se posent par rapport à ces composantes géographiques, historiques, philosophiques, économiques, sociales ou technologiques. D’abord pour savoir lesquelles d’entre elles sont présentes au niveau de l’Europe toute entière – et dans quelle mesure existe-t-il une perception de leur caractère pan-européen. Il faut également prendre en considération l’impact de ce que l’on peut appeler « l’expérience formative » de l’intégration européenne. Au-delà, il faut accorder une attention particulière à l’interaction entre la pratique et l’identité. D’autant que ce dont il est question aujourd’hui dans l’UE n’est pas (et ne peut pas être) la création d’une identité culturelle stratégique européenne en tant que telle. Il s’agit au mieux de la mise en place d’une sorte de « culture de travail » indispensable aux efforts communs en matière de sécurité. Toutefois, cette culture fonctionnelle de sécurité serait susceptible d’évoluer pour devenir, à terme, une pierre décisive apportée à l’identité européenne.

Mais il faudrait pour cela deux choses. La définition d’une approche commune surmontant les divergences nationales des Etats membres n’est que le premier pas. A cet égard, il est significatif de la complexité européenne que parmi les pays de l’Union il y a des atlantistes et des européistes ; des alliés et des post-neutres ; des puissances nucléaires et des Etats dépourvus de cette capacité ; des producteurs d’armement et des pays acheteurs ; ceux qui privilégient la défense territoriale et ceux qui mettent l’accent sur les missions de projection ; des Etats habitués à l’usage de la force militaire et ceux soulignant plutôt les aspects civils ; des pays petits et grands ; riches et pauvres ; anciens et nouveaux membres ; ceux ayant eu une expérience de grande puissance et ceux l'ignorant complètement ; ceux cultivant des affinités maritimes ou continentales ; des pays qui sont a priori sensibles à des menaces de nature différente et provenant de directions différentes. Pourtant, la véritable inconnue ne concerne pas la capacité ou l’incapacité des Vingt-cinq à accoucher d’une sorte de culture commune dans les questions relatives à la sécurité. Grâce aux diverses contraintes pratiques (liées à la rationalisation des coûts ou à la socialisation au sein  des institutions) et à une approche européenne largement convergente aux questions de sécurité en général, ceci ne devrait pas, en soi, poser de problèmes insurmontables.

En réalité, la question est tout autre. Il s’agit de savoir si cette « culture commune » pourra-t-elle jamais être qualifiée de « stratégique » dans le sens le plus fondamental du terme – guidée par des considérations géopolitiques, basée sur le concept de souveraineté et s’inscrivant dans la durée. Car pour cela, il faudrait en finir avec la déresponsabilisation générale qui caractérise la majorité des Européens. Rompre d’un côté avec la subordination volontaire dans la dépendance atlantique et, de l’autre, avec les illusions pacifistes. En se rendant enfin à l’évidence que sans les priorités et moyens stratégiques à même de garantir notre capacité de décision et d’action autonome, nous sommes condamnés à n’être que des spectateurs passifs à l’érosion de notre souveraineté et au démantèlement de notre modèle social, économique et culturel .

Texte complet en hongrois.

(Az Európai Unió biztonság- és védelempolitikai dokumentumai vol 3. , ed. J. Takács - P. Tálas - H. Vincze, SVKK-Chartapress, Budapest, 2006)

 


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