Analyse and essay
Propulsée en tête de la liste des priorités, compte tenu de la nouvelle donne européenne et transatlantique, la défense aérienne et antimissile répond à un double objectif. Se prémunir contre d’éventuelles attaques par Moscou en développant des moyens susceptibles de contrer les capacités russes, y compris hypersoniques, n’est qu’une partie de l’équation. Ce faisant, l’Europe réduirait aussi sa dépendance excessive par rapport à l’allié américain lequel risque de se retrouver face à de multiples crises simultanées dans l’avenir. Sur le Vieux Continent, la prise de conscience des retards, des lacunes et des vulnérabilités s’effectue à la vitesse grand V. Entre l’insuffisance chronique des stocks, l’imprévisibilité patente de la politique des Etats-Unis, et le spectre de l’ours russe qui n’attendrait qu’à déferler sur l’Europe, l’appétit pour les intercepteurs de toute sorte n’a jamais été aussi fort.

Les initiatives multinationales se poursuivent sur des voies parallèles, mais toutes ont en commun l’omniprésence de Berlin. L’Allemagne s’emploie, par divers moyens, à préempter ce domaine qu’il trouve taillé sur mesure pour incarner son ambition de leadership. Sauf que la France dispose initialement d’atouts autrement plus convaincants en la matière, puisqu’elle est le seul pays européen qui développe des armes hypersoniques (le futur missile ASN4G de la composante aéroportée de la dissuasion, le planeur hypersonique V-MAX, sans parler des capacités d’alerte avancée ou des interfaces permettant une structure unifiée de C2). Mais rien n’y fait. Berlin manie à merveille l’arme politico-idéologique : un tantinet d’atlantisme là, une pincée d’européisme ici. Les programmes ESSI (Bouclier du Ciel européen) et EU HYDEF (Intercepteur européen de défense hypersonique) sont des exemples types.
Extrait: «En matière de défense aérienne et antimissile Berlin apparaît comme une araignée qui tisse sa toile… et Paris comme le dindon de la farce. (...) Berlin s’est donc ouvertement lancé à l’assaut des atouts français, y compris la BITD, que ce soit par le truchement de l’OTAN ou de l’UE. Paradoxalement la première est moins grave : certes l’ESSI capte le marché de l’écrasante majorité des alliés européens et les verrouille dans une coopération fondée en grande partie sur des solutions extérieures, mais au moins elle laisse la France intacte. L’alternative est plus pernicieuse. (…)»
- L’ESSI, l’Allemagne et l’OTAN, ou la dépendance en urgence
- HYDEF/HYDIS et l’Union européenne, ou l’égalitarisme industriel
- Entre la peste et le choléra




















