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Retour dans l'arène : l'Allemagne post-électorale et l'Europe

Journal Francophone de Budapest - 01 novembre, 2002
Note d’actualité
Hajnalka Vincze

La reconduction au pouvoir de la coalition de gauche « SPD-Verts » en Allemagne est considérée par beaucoup comme le signal fort d’une inversion de tendance après les succès en chaîne des droites européennes en Espagne, en Autriche, en Italie, au Danemark, au Portugal, au Pays-Bas et en France. Néanmoins, cet impact sur la configuration politique de l’UE mis à part, la victoire – très courte – de l’équipe du chancelier Schröder ne semble pas susciter de réflexions particulières au sujet de la politique européenne de l’ancien nouveau gouvernement allemand.

Au premier abord, rien de plus normal : la continuité est non seulement inscrite dans les résultats des scrutins, mais elle s’impose comme une évidence, étant donné que les grandes lignes de la politique allemande vis-à-vis de l’Union européenne sont perçues comme inchangées, voire invariables depuis longtemps. Or, non seulement les idées reçues sur l’attitude allemande sont à revisiter, mais en même temps, les grands chantiers communautaires qui avaient été suspendus pour la durée de la campagne électorale en Allemagne appellent une approche moins ambivalente de la part de ce poids lourd de la construction européenne.

Stéréotypes et réalité

Si lors de la campagne les deux camps adverses ont défendu la même vision classique allemande de l’Europe – primauté aux organes supranationales de l’UE et avant tout à un Parlement européen fort (dominé par le contingent des députés allemands, qui sont de loin les plus nombreux) –, ils ont adopté une attitude tout aussi similaire lorsqu’il s’agissait de fustiger Bruxelles, et de dénoncer le laxisme de leurs partenaires européens ou le caractère contraignant des réglementations communautaires.

En effet, dans le discours politique – toujours marqué par le soutien de principe à l’UE, crédo incontournable pour rester politiquement correct – l’argumentation en faveur d’un désengagement de l’Allemagne sous prétexte de normalisation par rapport aux autres Etats-membres gagne du terrain[1]. Les indices d’un repli national sont nulle part aussi clairement identifiables qu’au sujet du montant de la contribution allemande au budget communautaire. Dans le contexte économique actuel, l’exigence de solidarité s’efface devant la volonté ferme de « cesser d’être le Zahlmeister » (celui qui paye l’addition) pour toute l’Europe. Or, sur ce point crucial, la politique européenne de l’Allemagne n’est pas exempte de contradictions : il est difficile d’obtenir une baisse de la cotisation allemande et, dans le même temps, se poser en champion d’un élargissement rapide et inclusif (c’est-à-dire Pologne y comprise), lequel pèsera forcément lourd sur les charges financières de l’Union.

Elargissements

Malgré le fait que l’Allemagne est en elle-même le laboratoire de l’élargissement (la réunification du pays a été, dans un certain sens, un élargissement de l’Allemagne de l’Ouest vers l’Est et du même coup le premier élargissement de la Communauté européenne), et malgré aussi des conséquences souvent traumatiques de cette expérience (la mauvaise santé de l’économie allemande est due en grande partie aux transferts massifs qui continuent d’être effectués pour sauver de la déroute l’ancienne Allemagne de l’Est), toutes les enquêtes indiquent que l’adhésion de nouveaux membres à l’UE ne figure pas parmi les premières préoccupations des Allemands.

Dans ces conditions, il semblerait donc que la politique nettement pro?élargissement de Berlin continue d’être essentiellement guidée par des considérations d’ordre géopolitique, à savoir que l’Allemagne – premier partenaire économique des pays de la région – apparaît comme le pôle unificateur de cet espace centre?européen qui constitue pour elle une zone d’influence potentielle.

Un couple moteur à faire redémarrer

C’est justement cette perspective d’un déplacement du centre de gravité de l’Union plus à l’Est qui – en tant que toile de fond pour tout débat sur l’avenir de la PAC, l’évolution du paysage institutionnel européen ou la répartition du budget communautaire – déstabilise l’axe franco-allemand, déjà fragilisé par la remise en question, voire la disparition des pierres angulaires traditionnelles (la force de frappe d’un côté et le mark de l’autre) de l’équilibre entre Paris et Berlin.

Si la première réaction du président Chirac aux résultats des élections allemandes a été de souligner l’importance d’une relance immédiate des relations bilatérales, c’est que – malgré tous les cadavres qui, au cours des dernières années, se sont accumulés dans le placard commun – il n’y a aucun doute sur l’absolue nécessité d’initiatives franco-allemandes en vue des grands enjeux européens qui sont à l’ordre du jour.

Et en effet, les quelques mois de pause forcée pendant lesquelles même les dossiers courants (qu’il s’agisse du paquet financier à proposer aux pays candidats, de la révision de la PAC, de la politique de défense ou de l’éventuelle ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie) ont été suspendus jusqu’après les élections allemandes, ne font que confirmer cette remarque du général de Gaulle qui disait que « c’est le destin de l’Allemagne que rien ne peut être bâti sans elle ».

 


[1] Dans cette logique, le zèle européen de Berlin serait une mauvaise habitude dont une nation consolidée n’aurait plus besoin.


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