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Europe on Mars: the EU as a strategic actor in space?

(This article is not available in English.)
Journal Francophone de Budapest - 04 février, 2004
Article
Hajnalka Vincze

L’impressionnante course de rallye martienne à laquelle on a assisté ces derniers mois n’est que le signe – certes le plus spectaculaire – d’une bataille de plus en plus féroce dont l’un des théâtres majeurs se situe désormais au-delà de l’atmosphère terrestre.

Entre une Amérique décidée à asseoir sa prédominance totale et exclusive dans le domaine spatial, et une Europe qui commence à se rendre compte de la nécessité de préserver une autonomie stratégique sur ce plan, ni les motivations ni les moyens investis ne sont pas comparables. Paradoxalement, le grand public n’a vraiment pris connaissance de cette rivalité pourtant essentielle qu’à travers le volet apparemment le moins significatif de l’effort spatial. Car ce n’est pas sur les très sympathiques missions d’exploration martienne, mais sur les systèmes satellitaires de télécommunication, de navigation et d’observation que se jouera l’avenir stratégique de l’Europe – avec des répercussions concrètes en termes de croissance, d’emploi, d’environnement, ou de sécurité civile et militaire.

Objectif américain de domination totale

Déjà sous l’administration Clinton, mais plus explicitement encore avec l’arrivée au pouvoir de l’équipe Bush, la « maîtrise de l’espace » (space control ou space dominance) est devenu le thème fétiche de la planification militaro-industrielle américaine. Une directive du Pentagon, datée de juillet 1999, a précisé que l’espace doit être considéré comme « un milieu au même titre que la Terre, la mer et les airs, où les activités militaires seront conduites pour satisfaire les objectifs de sécurité nationale des Etats-Unis ». Dès cette époque, deux grandes pistes sont privilégiées en guise de prévention : une meilleure protection des systèmes spatiaux américains (développement d’armes antisatellites ou Asats), ainsi qu’une capacité à contrôler l’accès à l’espace et son utilisation en cas de conflit. Dans le droit fil de ces réflexions, une commission du Congrès, présidée par le futur secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, a remis un rapport carrément alarmiste en janvier 2001. Celui-ci affirmait que l’extension de la guerre dans l’espace est inévitable et que les Etats-Unis doivent s’y préparer dès maintenant, en renforçant leur maîtrise de l’espace afin d’y détenir une véritable hégémonie.

Prise de conscience européenne

Si l’espace se présente en Amérique comme un outil de prééminence globale, pour l’Europe, par contre, il s’agit plus modestement de ne pas tomber dans des dépendances incontrôlées. L’aventure spatiale au niveau européen fut, depuis son origine, cantonnée à « des missions exclusivement pacifiques », comme l’avait formulé la Convention de l’Agence spatiale européenne (ESA), une institution intergouvernementale indépendante des Communautés, créée en 1975.[1] Néanmoins, les évolutions récentes commencent à modifier sensiblement les prémices mêmes de l’Europe spatiale. Sous l’effet conjugué d’une volonté d’hégémonie américaine (visant à la constitution de monopoles mondiaux placés sous le contrôle d’un centre unique de décision politique), d’une logique de compétitivité économique accrue (les applications spatiales ont des retombées directes dans tous les secteurs), et des avancées de l’Europe politique (la nouvelle politique de sécurité et de défense de l’UE pose comme principe l’autonomie de décision et d’action, et le projet de traité constitutionnel fait de la politique spatiale un domaine de compétence partagée entre les Etats membres et l’Union), des infléchissements notables sont en cours. Deux signes concrets confirment cette prise de conscience de l’espace comme enjeu de souveraineté : l’approbation par les Quinze, en mars 2002, du projet Galileo (système européen de navigation par satellite, brisant le monopole du GPS américain) et le Livre blanc de novembre 2003 où la Commission esquisse le plan d’action ambitieux mais pragmatique d’une véritable politique spatiale européenne.

Défis urgents à relever

Afin de consolider l’Europe spatiale, il faut à la fois créer des synergies institutionnelles (entre les agences spatiales nationales et l’ESA d’un côté, entre l’ESA et l’UE de l’autre, de même qu’établir une meilleure coopération entre industriels et décideurs politiques) et surmonter les réticences politiques. Quant à ces dernières, il s’agit non seulement de reconnaître, enfin, la nature par essence duale – civile et militaire – de l’espace (un programme spatial équilibré doit embrasser les deux domaines qui s’enrichissent l’un l’autre), mais aussi d’accepter l’idée de la souveraineté politique et militaire de l’Europe (une définition délicate à la fois par rapport à ses Etats membres et par rapport aux Etats-Unis). Pour réussir, l’Europe spatiale doit faire de son autonomie stratégique un objectif unificateur.

Et ce n’est que dans cette optique que l’aventure martienne prend toute sa signification. Car la dimension symbolique fut toujours primordiale dans la construction européenne, et ces expéditions spatiales offrent au public l’image – de surcroît fascinante – d’une présence authentiquement européenne dans l’espace.

 


[1] Les systèmes militaires spatiaux actuels en Europe (limités aux télécommunications et à la reconnaissance) ont été développés sur une base nationale, parfois ouverte à des coopérations bilatérales ou trilatérales.


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