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Le grand écart des Britanniques au-dessus de l'Atlantique

Népszabadság Online - 05 juillet, 2005
Note d’actualité
Hajnalka Vincze

L’adhésion de l’Angleterre à la Communauté européenne marquerait le début d’une dilution au bout de laquelle « il apparaîtrait une Communauté atlantique colossale sous dépendance et direction américaines et qui aurait tôt fait d’absorber la communauté de l’Europe. » Les mots prophétiques du général De Gaulle, en 1963, ne cessent de se vérifier depuis.

Il faut dire que les gouvernements britanniques, particulièrement celui-ci, ne sont pas globalement anti-Européens. Ils veulent seulement extirper l’idée même d’une Europe autonome, capable de promouvoir et défendre ses propres intérêts. Donc l’Union européenne est une bonne chose, selon Londres officiel. Pourvu qu’il ne s’agisse que d’un supermarché bien organisé, lequel n’a de politiques que celles qui sont utiles pour Washington, ou du moins ne le dérangent pas outre mesure. Pour ce qui est de la relation dite spéciale entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, le chancelier Helmut Schmidt a remarqué, il y a des décennies, qu’elle est si spéciale que seule l’une des parties est au courant de son existence. N’empêche que le zèle de Londres dans ce domaine mène à des situations surréalistes. Qu’il s’agisse de ses sous-marins ou de ses décodeurs, tous sous dépendance américaine, de ses espionnages parfois contre ses propres produits (Airbus-Boeing) ou de sa concurrence contre elle-même (Eurofighter-Joint Strike Fighter). La prestation tragicomique de M. Blair au sujet de l’Irak n’est que la cerise sur le gâteau. Comme l’a analysé Charles Grant - directeur de l'institut britannique Center for European Reform -, elle procède d’un double malentendu : Blair a surestimé sa propre capacité de persuasion outre-Atlantique, et il a tendance à trop croire à ce que les Américains lui disent. Par ailleurs, le contraste est criant avec la situation des Français. Comme l’a remarqué Rodric Braithwaite (ancien ambassadeur britannique à Moscou et ancien président du comité du Renseignement) : « A l’opposé des Français qui avaient préféré suivre un chemin plus solitaire, mais indépendant, la coopération avec les Américains a privé les Britanniques de la plupart de leur indépendance. » Comme il disait : « Nous le devons à nous-mêmes, à notre sens de la souveraineté et à notre auto-respect, aussi bien que pour des raisons plus mondaines, d'expliquer aux Américains que nos intérêts de politique étrangère peuvent diverger des leurs et que, si c’est le cas, nous les défendrons vaillamment. Par rapport aux Américains nous devons suivre le principe de base de la négociation : vous devez toujours indiquer clairement que, si c’est nécessaire, vous êtes prêt à quitter la table. » Pour cela, il faudrait quand même qu’auparavant on se soit pas privé de toutes les bases concrètes d'une existence autonome, en signe d’allégeance. Or, l’élite londonienne est passée maître dans l’art de l’auto-mutilation. Il est vrai qu’ils souffrent beaucoup dans la cage qu’ils se sont eux-mêmes construite. Leur malaise se renforce, jour après jour, avec toute nouvelle expérience auprès des Américains, et les conduit à des tentatives de coopération sur des projets français ou à d'autres rares démonstrations de souveraineté. Toutefois, une double contradiction de fond se trouve au cœur du dilemme britannique. D’une part le fait que leur défense de souveraineté sur le front européen s’accompagne d’un abandon de souveraineté sur le front atlantique. Alors que, avec les Etats-Unis, c’est une relation tellement déséquilibrée qu’elle les force au service des intérêts américains. Contrairement à l’Europe où les rapports de force sont beaucoup plus équilibrés et les relations sont institutionnalisées, ce qui fait que la dépendance n’est pas unilatérale mais réciproque. La souveraineté n’est pas abandonnée, mais elle est – dans le but de démultiplier leurs capacités à promouvoir leurs intérêts – partagée entre les Etats-membres. L’autre paradoxe britannique n’est pas seulement autodestructeur, il constitue un danger public. C’est quand Londres essaie de convaincre ses partenaires européens que le secret d’un rapport sain et durable avec Washington réside dans la soumission. En oubliant même Churchill qui les avertissait déjà, dans les circonstances particulières de la Seconde guerre mondiale, que « nous ne devons pas nous mettre dans la position du client suppliant ». Quoi qu’il en soit, on peut toujours espérer, comme le faisait de Gaulle, que « l’évolution propre à la Grande-Bretagne porte peu à peu les Anglais vers le continent ». Nous, de ce côté-ci de La Manche, nous devons tenir bon. Car le modèle britannique, si transposé à l’Europe toute entière, signifierait la fin de tout espoir d’une relation transatlantique saine et équilibrée. Il ne ferait qu’élargir l’impuissance et la dépendance britanniques à des dimensions continentales.

Texte complet en hongrois.

 


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