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Pente glissante : la réatlantisation de l Europe de la défense

The Federalist Year LV, 2013 - 31 décembre, 2013
Etude et analyse
Hajnalka Vincze

La réatlantisation de l’Europe de la défense est en marche.[1] Que ce soit la crise en Ukraine, offrant visiblement un formidable prétexte aux efforts de rebond de l’OTAN ; ou notre inexorable enfermement dans le piège de la coopération avec l’Amérique en matière d’armement ; ou les pressions qui s’accentuent pour civilianiser la PSDC y compris ses groupements tactiques ; ou encore le nouveau discours de symbiose transatlantique ; il s’agit à chaque fois de manifestations palpables d’un choix délibéré de la part des élites euro-occidentales. Un choix qui va pourtant à contre-courant de ce que dicteraient les événements, le bon sens, nos intérêts et notre dignité. Sans parler du désir (assez peu perceptible, il faut le dire) de tenir, tant bien que mal, notre place dans la « mêlée mondiale »

Introduction

La dénommée Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’Union européenne célèbre son quinzième anniversaire dans un état d’hibernation profonde, pour reprendre l’expression de l’amiral Guillaud, ancien chef d’état-major des armées.[2] Autrefois le centre de toutes les attentions, le gagnant de tous les concours de popularité, considérée comme à la fois le symbole des ambitions stratégiques de l’Union et le dépositaire de son potentiel énorme, la PSDC est devenue ces dernières années le parent pauvre de la construction européenne. Celui qui met ses faiblesses cruellement en lumière, en même temps qu’il ne ferait que détourner l’attention (et les ressources) de ce qu'il convient d’appeler les « vrais problèmes ».

Ce serait trop facile de faire porter le chapeau à la crise financière et économique pour cette tombée en disgrâce de la PSDC. Surtout, ce serait faux. D’une part, le détournement de la politique de défense de l’UE de son trajet initial avait commencé bien avant l’éclatement de la crise. De l’autre, si ce n’était pour ce même détournement, la PSDC aurait tout pour devenir une partie de la solution aux difficultés actuelles de la construction européenne dans son ensemble. Et une partie cruciale, de surcroît. Une vision stratégique partagée, étayée par des initiatives réelles en matière de défense serait à même de donner à l’Union un formidable élan, à la fois psychologiquement et économiquement.  

Mais si la « résurrection » de la défense européenne paraît fort souhaitable, le diable reste dans les détails. En effet, si c’est pour la relancer sur la piste détournée qu’elle poursuivait avant de tomber dans le coma artificiel, ce n'est pas la peine. Même l’hibernation est une bien meilleure solution et, surtout, moins nuisible. Sans un retour radical aux fondements, la prétendue défense européenne ne pourrait jamais espérer de la devenir réellement un jour, à savoir ayant une dimension véritablement défense et véritablement européenne. Elle ne ferait qu’enlever définitivement à nos Etats l’option de suivre ces deux impératifs au moins à l’échelle nationale.
                                       

L'otanisation de la politique de sécurité et de défense de l’UE


Le domaine de la défense est l’illustration par excellence des dangers, voire dégâts, d’un principe longtemps considéré comme la clé de la dynamique européenne, à savoir l’ambiguïté constructive. Certes, celle-ci permet de garder l’apparence de l’unité et de donner l’illusion d’une politique. Mais dès qu’elle touche à la défense elle atteint vite ses limites : un faux pas ici peut mettre des intérêts vitaux en péril, et enfermer ceux qui le commettent dans des choix contreproductifs pour au moins des décennies. C’est justement le risque inhérent à l’expérimentation qui se poursuit sous l'étiquette de défense européenne.

Si l’acte de son lancement, en 1998-1999, parlait de lui-même et fut interprété à l’époque en conséquence, les principes sur lesquels elle a officiellement été basée étaient délibérément vagues, histoire d’accommoder deux visions irréconciliables. Ceci, plus l’éternelle tentation de la facilité, ont ouvert la voie à une réinterprétation des intentions initiales, jusqu’à même l’éventualité d’un retour austatus quo ante – mais dans une position infiniment plus faible pour l’Europe, cette fois-ci. Car l’option de l’émancipation aura été abandonnée.

La défense européenne : une idée d’émancipation à l’origine


Il est, hélas, difficile de l’imaginer aujourd’hui, mais au moment de son lancement, la PSDC (politique étrangère de sécurité et de défense commune de l’UE) fut unanimement perçue comme un défi lancé à l’OTAN… 

Le point de bascule


Même rétrospectivement, connaissant le bilan pour le moins mitigé, il n’y a pas de doute : la déclaration franco-britannique de Saint-Malo (de décembre 1998, reprise six mois plus tard par les Quinze de l’UE pour lancer ce qui fut nommé alors la Politique européenne de sécurité et de défense commune) a été une véritable percée. D’un potentiel à la fois énorme et inconcevable jusque-là. Et ce malgré le fait qu’elle était désignée avant tout comme une couverture astucieuse pour accommoder deux visions toujours aussi antagonistes.

Pour le Royaume-Uni, cette initiative devait surtout aider à renforcer les capacités européennes dans l’OTAN. Plus les alliés prennent en charge leur part du fardeau, plus ils seraient précieux pour les Etats-Unis. Lesquels resteraient donc plus volontiers engagés sur le vieux continent, ce qui est immuablement la priorité n°1 des Britanniques. Pour la France, en revanche, la nouvelle dimension « défense » de l’UE devait permettre, à terme, de la développer en une entité indépendante d’un quelconque tiers.

Malgré cette divergence fondamentale, Saint-Malo a accompli ce que peu auraient cru possible quelques années auparavant. L’ancien monopole de l’OTAN dans les affaires de sécurité européenne a été remplacé du jour au lendemain par une sorte de cohabitation entre l’UE et l’Alliance. Les fonctions pertinentes de l’UEO ont été transférées à l’Union européenne (tout au long des années 1990, l’Union de l’Europe occidentale avait été laissée en porte-à-faux entre les deux institutions, en sa double qualité de « bras armé » de l’UE et « pilier européen » de l’Alliance atlantique).

Dans le même temps, l’IESD mort-née de l’OTAN (tentative d’établir une soi-disant Identité européenne de sécurité et de défense au sein de l’Alliance, sur la base du principe « séparable mais non séparée ») a dû céder la place à cette nouvelle politique de l’UE, d’une popularité indéniable et d’un dynamisme prometteur. Qu’importe les arrière-pensées britanniques quand le fait était là. L’OTAN a perdu son monopole, et l’Union fut désormais une enceinte légitime pour discuter de défense entre Européens. Comme l’a résumé le directeur politique du Ministère de la défense britannique : « Nous avons laissé sortir le génie de la bouteille ».[3]

La panique


Cette analyse fut largement partagée par l’Amérique dès le départ. Les effectifs de la représentation US auprès de l’Union européenne ont été augmentés de moitié en urgence, et le Secrétaire d’Etat Albright ne s’est pas caché du fait que le seul pays au monde qui s’inquiétait au vu de cette tentative des Européens de se prendre en main en matière de défense, n’était point la Russie, ni même un quelconque autre voisin « turbulent », mais leur propre allié situé de l’autre côté de l’océan.

Au Secrétaire d’Etat américain donc de poser des conditions sous forme d’un soi-disant « triple D » à éviter. Pas de « découplage » du processus européen de prise de décision de l’OTAN, ce qui devrait garantir le « droit du premier refus » à l’Alliance. Pas de « duplication » des capacités et des structures de l’OTAN, ce qui devrait empêcher l’UE de se doter d’instruments qui lui permettent d’agir de façon indépendante. Pas de « discrimination » à l’égard des alliés non membres de l’UE, ce qui signifierait que la politique européenne naissante serait structurellement ouverte à une interférence permanente.

De façon révélatrice, les responsables américains ont tenu pendant des mois, voire parfois des années, à employer le sigle IESD (identité européenne dans l’OTAN) en parlant de la PESD de l’Union européenne.[4] Or la différence entre les deux était cruciale, et elle ne leur échappa certainement pas. Un haut fonctionnaire du Pentagone l’avait parfaitement résumée dès 1999, lors d’une audition au Congrès : pour Peter Rodman, « Cette initiative de l’UE pour construire une identité de défense européenne séparée vient trois ans après que l’OTAN ait accepté ses propres procédures en vue de reconnaître et promouvoir une Identité européenne de sécurité et de défense dans le cadre de l’Alliance. La nouvelle procédure UE, en revanche, pourra permettre (au moins selon certains Européens) à l’Europe de se débarrasser des Américains ‘si elle le souhaite’. En fait, elle semble avoir été lancée justement pour cette raison. »[5] Exactement.

Leo Michel (qui fut à l’époque « director for NATO policy » à l’Office du Secrétaire à la défense) a récemment fait la lumière sur les inquiétudes américaines au lendemain du lancement de la politique européenne. « Les responsables et les experts américains craignaient que les consultations et les décisions clés touchant aux affaires politiques, militaires et de défense en Europe ne se déplacent, à terme, depuis l’OTAN (où la puissance politique et militaire unique de l’Amérique lui permet d’avoir un rôle proéminent dans la mise au point des politiques et des opérations de l’Alliance), vers l’UE où les Etats-Unis n’ont pas de place à la table. »[6] Ou comme l’avait formulé dès 2005 le rédacteur en chef de la revue Atlantic Monthly : « L’OTAN, c’est nous qui la dirigeons, contrairement à l’Union européenne, de plus en plus puissante ».[7]

L’apparente accalmie


Ces dernières années, la « narrative » américaine a changé de façon très marquée. Des cris d’encouragement se sont substitués aux mises en garde. Sauf que cette métamorphose ne vient pas d’un quelconque changement de l’approche US, mais résulte tout simplement du détournement de la PSDC de sa trajectoire initiale.

D’après la nouvelle ligne officielle, Washington ne s’inquiète plus de voir la défense européenne monter en puissance. Bien au contraire, l’Amérique serait devenue son plus grand supporter. Sans se soucier des « débats théologiques » pour savoir si une initiative sera prise dans le cadre de l’OTAN ou dans celui de l’UE, elle ne serait intéressée que par des résultats. Une interprétation pour le moins trompeuse de ce qui se passe réellement.

Pour commencer, l’Amérique est toujours aussi soucieuse d’assurer la primauté de l’OTAN dans les deux domaines qu’elle considère cruciaux pour le maintien de son emprise sur notre continent. A savoir la conduite des opérations et les questions d’armement. En ce qui concerne le premier, l’intervention en Libye aurait dû démontrer à tout le monde que l’OTAN est la seule institution multinationale où de telles opérations puissent être planifiées et mises en œuvre convenablement (le fait qu’il existe une chaîne parallèle de commandement strictement US au sein de l’Alliance ne fait qu'ajouter à son attractivité, manifestement). S’agissant des questions capacitaires et d’armement, rappelons juste que c’est pour riposter à l’initiative Pooling&Sharing de l’UE, que l’OTAN a lancé son Smart Defense (le cheval de Troie des industriels américains).

Pour le reste, la nonchalance nouvelle de l’Amérique en matière de PSDC vient tout simplement d’une évaluation réaliste de son développement au cours des 15 dernières années. Pour être bref : il n’y a plus rien à craindre. La défense européenne a non seulement régressé spectaculairement par rapport à sa dynamique initiale, mais elle l’a fait à tel point que même un éventuel retour sous le giron de l’Alliance est évoquée aujourd’hui de plus en plus ouvertement.

Le renversement du concept initial de la défense européenne : retraite domaine par domaine


La PSDC (politique de sécurité et de défense commune de l’UE) fut programmée par les traités européens eux-mêmes pour aller, avec le temps, au-delà des restrictions qui lui étaient imposées sous prétexte de complémentarité avec l’OTAN. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle reste largement en-deçà des attentes.

Une PSDC bien maigrichonne


Après une phase initiale particulièrement dynamique pendant laquelle (1) toute l’architecture institutionnelle s’est mise en place à une vitesse fulgurante (avec néanmoins un chaînon crucial qui manque) ; (2) les premières opérations ont été lancées (y compris un véritable « coup d’Etat » lorsque la France réussit à faire passer l’opération militaire Artémis au Congo sous drapeau UE, sans recours à la coopération/subordination OTAN) ; et (3) la présence d’uniformes dans les couloirs de l’UE est brusquement devenue monnaie courante ; la PSDC semble néanmoins avoir atteint une sorte de plateau aux alentours de 2005. La mécanique s’est grippée, et les tabous qui auraient dû disparaître dans la foulée, n’ont finalement pas pu être levés.

Il suffit de regarder les opérations militaires récentes de la PSDC pour se rendre compte du décalage entre les ambitions initiales et le bilan. Petit rappel : d’après « l’objectif global » fixé à Helsinki par les Etats membres en 1999, l’UE aurait dû être en mesure, dès 2003 de gérer toute une gamme d’opérations, y compris « les plus exigeantes » missions de forces de combat. Avec un déploiement« pouvant aller jusqu'au niveau d'un corps d'armée (jusqu'à 15 brigades, soit 50 000 à 60 000 hommes). » Dix ans après la date butoir, on se félicite chaudement de pouvoir envoyer quelques centaines d’hommes pour des « missions d’entraînement ».

En effet, les opérations militaires de l’UE (de moins en moins nombreuses) sont d’emblée des missions à bas risque, limitées et dans leur ambition et dans leur portée. De plus, elles ne s’inscrivent dans aucun cadre politique cohérent, ce qui les fait paraître comme de simples improvisations au gré du moment. Sans parler du message véhiculé par la série d’occasions ratées : au Liban en 2006, au Libye en 2011 et plus récemment au Mali. Dans ces crises, pourtant « taillées sur mesure » pour la PSDC, l’Union ne brillait que par son absence.

Dans le même temps, les Etats membres ont été incapables de mettre au point des règles de financement qui puissent faire autre chose que de pénaliser ceux qui consentent à des déploiements (avec le mécanisme de financement commun Athena, 90% des dépenses se font selon le principe « les coûts incombent à leurs auteurs »). En d’autres mots, c’est la double peine. Ceux qui envoient leurs troupes (formées, entraînées, équipées) sur le terrain, sont les mêmes qui prennent en charge quasiment tous les frais. Un système plus que souhaitable à l’OTAN où la mobilisation se fait par serment d’allégeance, mais qui a, dans l’Union européenne, un effet paralysant.

Jusqu’ici, l’UE n’a pas mieux réussi avec ses groupements tactiques (GT) non plus. Le système, lancé en 2004, prévoit une rotation semestrielle avec deux groupements (d’environ 1500 hommes) en alerte à tout moment pour répondre aux crises. Mais il devient de plus en plus creux (tout au long de 2013, par exemple, il n’y a qu’un seul groupement en permanence), sans parler du fait que, depuis bientôt dix ans, aucun GT n’a jamais été déployé sur le terrain.

Pour ce qui de l’armement, les Britanniques continuent à mettre leur veto à l’augmentation du budget de l’Agence européenne de défense. Par ailleurs, depuis le projet A400M en 2003 aucun programme majeur d’équipement n’a été lancé en coopération européenne. Le Centre satellitaire de l’UE ne dispose toujours pas de moyens qui lui soient assignés, c’est donc sur le marché commercial qu’il doit se procurer d’images satellitaires – ce qui fait qu’il est dépendant à 80-90% de fournisseurs américains. De son côté, le Centre d’analyse et de renseignement de l’Union a besoin de deux mois pour répondre à une commande.

De toute manière, la PSDC n’est pas près d’aller au-delà de son rôle de simple « pourvoyeur de sécurité », puisque la défense collective reste fermement exclue de ses compétences. Quoique présente dans les traités européens comme éventuel objectif ultime, son idée même risque de s’éclipser dans la pratique. La fin de l’UEO (Union de l’Europe occidentale) en 2011, ce fut aussi celle du seul engagement ferme entre Européens en matière de défense collective. Si le Traité de Lisbonne de l’UE donne l’impression de prendre le relais dans ce domaine, en réalité il ne fait que consacrer la primauté de l’OTAN et de son Article 5.

Une PSDC de plus en plus civile


Pour terminer la liste des déceptions et faiblesses, il convient de jeter un coup d’œil sur la sempiternelle question du Quartier général militaire de l’UE. En effet, la mise sur pied d’une capacité permanente de planification et de commandement des opérations militaires est toujours hors de question. Elle bute toujours sur le veto de Londres. Or s’il y a une mesure susceptible à la fois de réduire le temps de réaction aux crises, d’assurer la continuité, de permettre un véritable retour d’expérience et de supprimer les doublons entre 5 structures nationales différentes ; cette mesure est bien celle-là. Dommage que le fameux « pragmatisme » britannique ne s’applique pas dans ce cas.

Le seul moyen de surmonter la paralysie imposée par la « ligne rouge » du Royaume-Uni serait, dit-on, une sorte de fusion civilo-militaire. Laquelle résulterait en une structure mixte, susceptible de devenir une illustration de plus de la volonté d’étouffer le volet militaire de l’UE sous de doux coussins. Sous le prétexte de la prétendue approche globale, bien entendu. Une approche globale qui est justement l’un des premiers risques de régression pour l’Europe de la défense.*

Evidemment, il n’y a rien de mal à dire que l’UE a besoin de la palette entière de ses instruments pour gérer les crises. Cela va de soi. Par contre, l’approche globale telle qu’elle est organisée sens dessus-dessous dans l’UE est un tout autre animal. Elle va bien au-delà d’une simple coordination étroite. Dans la pratique, elle signifie l’éparpillement et la marginalisation de la composante militaire dans l’Union européenne, conformément à l’idéologie pacifiste-atlantiste de certains.

Il est pour le moins révélateur que le directeur sortant de la DAS (Délégation aux affaires stratégiques du Ministère de la Défense) compare ce concept adulé et glorifié qu’est l’approche globale au… « monoxyde de carbone ». Pour Michel Miraillet, « Vous ne le voyez pas. Vous ne le sentez pas. Mais à la fin on en crève ! ».[8] En effet. C’est même le but du projet. L’approche globale n’est qu’un nouveau prétexte, certes très séduisant pour les beaux esprits, pour étouffer le volet militaire non seulement dans les relations extérieures de l’UE, mais aussi au sein même de la PSDC proprement dite.

Une PSDC qui flirte avec l’OTAN


Paradoxalement, la rêverie pacifiste sur « l’Europe puissance civile » et l’orthodoxie otanienne conduisent toutes les deux à un résultat tout à fait similaire. Une Europe conforme à la vision anglo-saxonne qui n’y voit qu’un précieux auxiliaire civil à l’Alliance atlantique et à sa puissance militaire. Dans cet esprit, et pour maintenir les restrictions imposées à l’Europe de la défense au nom de la « complémentarité » avec l’OTAN, on assiste à un rapprochement continu entre les deux institutions. Un rapprochement qui, pour certains, devrait culminer en une fusion.

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’au lancement de la PSDC, la France était extrêmement vigilante à la tenir aussi éloignée que possible de l’Alliance atlantique. Au point que le Secrétaire général de l’OTAN et le Haut représentant de l’UE (MM. Robertson et Solana à l’époque) ne pouvaient se voir qu’une fois par mois, lors d’un petit déjeuner pris en tête-à-tête. Et même pour cela, il fallait préciser que ce n’était qu’un « petit déjeuner informel ».  

Comme l’a noté une étude du Center for European Reform britannique, « Les Français semblent soucieux de ne pas laisser la fleur délicate de la défense européenne se faire écraser dans une embrassade avec le géant militaire qu’est l’OTAN. Les responsables français disent parfois qu’une étroite coopération UE-OTAN risque de donner une influence excessive à l’Amérique dans les politiques étrangère et de défense de l’UE ». A remarquer que l’auteur eut l’honnêteté d’admettre, tout en prêchant pour l’inverse, que « les inquiétudes françaises vis-à-vis des priorités US ne sont pas complètement sans fondement ». [9]

N’empêche. Le rapprochement pratique UE-OTAN est devenu aujourd’hui un fait (et que la dispute turco-chypriote limite toujours les liens institutionnels n’y change strictement rien). L’équipe de liaison permanente de l’OTAN à l’Etat-major de l’UE d’un côté, et la cellule de l’UE au SHAPE (commandement de l’OTAN) de l’autre, participent chacune à la plupart des briefings quotidiens respectifs. Le Secrétaire général de l’OTAN est devenu un participant régulier aux réunions des ministres de la défense de l’UE (au point même d’y organiser une rencontre avec la presse, tout dernièrement). Et ce en plus des innombrables réunions non-institutionnelles, comme les « dîners transatlantiques » des ministres des Affaires étrangères UE et OTAN, par exemple.

Le représentant OTAN du pays qui assure la présidence de l’UE donne un compte-rendu hebdomadaire au Conseil de l’Atlantique du Nord et au Comité militaire de l’Alliance. Par ailleurs, la plupart des représentants militaires des pays qui sont membres des deux organisations portent une double casquette à la fois OTAN et UE (la France elle-même s’y est résignée, ne laissant à part que la Belgique, le Luxembourg et la Grèce). Le problème, encore une fois, n’est pas la coordination per se, mais son caractère biaisé en faveur de l’OTAN. Petit détail révélateur : même quand ils discutent de la PSDC, les généraux européens préfèrent passer leurs journées (en règle générale 6 jours sur 7) au quartier général de l’Alliance.

La tentation de l’abdication


A contre-pied de l’idée initiale et suite à une régression spectaculaire, la politique de défense de l’UE (PSDC) entre aujourd’hui dans une nouvelle phase où elle doit lutter pour sa survie même. En effet, des voix de plus en plus nombreuses se demandent si elle ne ferait pas mieux de se fondre dans l’OTAN, d’autant que les deux font parties du même « Occident ».

 

A bas la défense européenne ?


Qu’un ancien ministre de la défense de la Bulgarie puisse aller jusqu’à affirmer lors d’une conférence« qu’il est temps de cesser de nous fatiguer avec la PSDC, et de mettre plutôt tous nos œufs dans le panier OTAN », est tout de même révélateur d’une certaine ambiance.[10] Hormis le style particulier du ministre Boyko Noëv (ses mots exacts pour « cesser de nous fatiguer » étaient « cut the cr… »), la même idée revient chez de nombreux experts. Dès 2011, Jan Techau, directeur allemand de Carnegie Europe, avait signé un papier intitulé « Oublions la PSDC, le temps est venu pour le Plan B ». [11]

Sans surprise, ce fameux Plan B n’est autre que loyauté inconditionnelle vis-à-vis des Etats-Unis. Pour Jan Techau : « L’Europe doit arrêter de construire le village Potemkine nommé PSDC, quand elle peut obtenir tout ce dont elle a vraiment besoin tout simplement en échange d’une intense sollicitude portée au lien transatlantique ». Les Européens devraient juste abandonner leurs « stratégies futiles d’indépendance et de contrepoids », et admettre que, « en fin de compte, ce sont toujours les Américains qui garantiront la sécurité de l’Europe ». Une vision partagée par beaucoup, hélas.

Pourquoi pas une OTANUE ?


Pour savoir comment institutionnaliser cette approche explicitement subordonnée, tournons-nous vers le ministre letton de la défense, qui considère les relations UE-OTAN comme un « désagrément ». La solution est toute simple : « en fait, il faudrait fusionner les deux organisations », déclara-t-il à la conférence de Riga en 2012. Pour un ministre balte, c’est normal, serait-on tenté de dire. Mais même un Jolyon Howorth, l'un des meilleurs spécialistes de l’Europe de la défense, connu jadis pour ses préférences clairement « autonomistes », avait décidé de changer son fusil d’épaule ces jours-ci.

Dès 2012, M. Howorth a épousé l’idée selon laquelle « il faut que se produise progressivement une fusion institutionnelle et politique entre la PSDC et l’OTAN ».[12] Un an après, il revient avec des détails élaborés : « Le Commandement allié Opérations/SHAPE devrait se fondre dans la PSDC »[13] (inutile de préciser qu’entre le SHAPE d’un effectif de 13 000 d’un côté et l’Etat-major de l’UE avec ses 350 hommes de l’autre, ce serait plutôt dans l’autre sens).

Pour M. Howorth, une « entité robuste PSDC/OTAN devrait être mise en place » et les enceintes de décision politique des deux institutions devraient suivre ce mouvement de fusion. Hourra ! L’Amérique pourrait donc venir enfin directement à la table de l’UE et s’asseoir aux côtés de ses (nombreux) porte-paroles européens. En tant que maître de maison, bien évidemment. 

Le tout devrait s’accompagner d’une « fusion entre l’Agence européenne de défense et l’ACT »(Commandement allié Transformation). Que la première soit censée aider à pérenniser la base industrielle et technologique de défense européenne et que le second soit essentiellement la courroie de transmission des intérêts industriels américains n’est qu’un petit détail sans importance, visiblement.

La redécouverte de « l’Occident »


Idéologiquement, c'est le courant de pensée occidentaliste qui sert de toile de fond pour les projets de fusion. Il a été récemment célébré en grande pompe à la conférence de Riga en septembre dernier. Où Jan Techau (le directeur susmentionné de Carnegie Europe) nous expliquait que si l’Europe voulait devenir un jour un véritable partenaire de l’Amérique, il nous faudrait admettre que « les Américains et nous, nous sommes là tous ensemble. Nous devons nous rassembler, parce que nous sommes l’Occident ». Pour relever les défis du 21ème siècle, nous devrions donc cultiver notre sens de cette appartenance à la soi-disant communauté occidentale. 

Le fait est que même des analystes a priori sceptiques semblent de plus en plus tentés par cette approche. Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, n’avait pas hésité à tirer les sonnettes d’alarmes dans son rapport de 2007 au président Sarkozy, contre ce qu’il nomma alors la « tentation occidentaliste ». Il y démonta les habituels stéréotypes sur les « valeurs communes » et sur la cohérence« occidentale » (les guillemets étaient les siens, à l’époque). Mais le même Védrine emploie, dans un récent billet, le mot « occident » à pas moins de six reprises. Et sans guillemets cette fois-ci.[14]

Dans le foisonnement récent des ouvrages sur le thème de la nécessaire unité occidentale, prenons juste un seul autre exemple, celui de Charles A. Kupchan. Cet ancien directeur pour les affaires européennes dans le Conseil de sécurité nationale du président Clinton faisait le constat, en 2006, que « les intérêts américains et européens ont divergé, la coopération institutionnalisée ne peut plus être tenue pour acquise, et l’identité occidentale s’est affaiblie ».[15] Le même Kupchan donne aujourd’hui « L’Occident et la montée du reste » comme titre à son dernier livre.

Les idées parallèles qui sont la réaffirmation de l’Occident et la fusion PSDC-OTAN signifieraient un retour de la défense européenne à sa phase d’avant-PSDC. Où elle se retrouverait de nouveau dans les cadres de l’Alliance, mais, cette fois-ci, sans même la possibilité de devenir un jour indépendante. Puisque son retour serait l’aveu même que cette voie aura déjà été essayée, et abandonnée car jugée sans lendemain.

Les deux crises: une opportunité pour ré-européaniser notre défense


Les discours et les réflexions sur les questions de sécurité européenne ont été dominés ces dernières années par deux sujets, présentés comme ayant un impact déterminant pour l’avenir de l’Europe de la défense. D’une part la crise financière et économique, de l’autre le repositionnement stratégique américain vers l’Asie. La première est le plus souvent décrite comme un « cygne noir », autrement dit la surprise stratégique majeure de nos jours, tandis que le soi-disant pivot des Etats-Unis est parfois perçu comme un abandon de l’Europe par son protecteur-allié, parfois comme un avertissement-appel pour que les Européens commencent à « faire plus ». Le plus souvent les deux.

Pourtant, ces interprétations sont fort trompeuses. Premièrement, la crise ne fait qu’accentuer et mettre en lumière des tendances budgétaires (la défense utilisé comme variable d’ajustement) et des préférences idéologiques (mythe de l’Europe puissance civile) qui avaient déjà été en place. Deuxièmement, pivot ou pas pivot, l’Amérique n’a nullement l’intention de diminuer son omniprésence dans les domaines stratégiquement importants (armements, énergie, relations avec la Russie) en Europe, au risque d’y perdre son formidable contrôle.

Ceci étant dit, les deux développements parallèles (la crise et le pivot) sont, en effet, une opportunité unique. A condition de les aborder de façon réaliste, à l’exact opposé des éléments de langage qui les instrumentalisent. Les conclusions s’imposeraient elles-mêmes. Et, sans surprise, elles impliquent toutes une redéfinition fondamentale des priorités en matière de défense européenne.

Double prétexte à l'abandon : la crise et le « pivot »


A en croire le discours officiel, nous serions aujourd’hui dans une situation de contrainte, sous la double pression de l’austérité budgétaire et du repositionnement US. Mais une contrainte soi-disant pleine d’opportunités nouvelles : à la fois pour rompre avec nos chimères nationales (au profit d’une mise en commun prétendument européenne) et pour renforcer nos liens avec les Etats-Unis (en nous précipitant vers une communauté économico-politico-stratégique euro-américaine). 

Budgets militaires en baisse ? Vite, devenons « Européens » !


Ces jours-ci, il est de bon ton d’invoquer la réduction des budgets militaires européens pour encourager des démarches censées nous permettre de « faire plus avec moins ». En abandonnant, en gros, toute ambition nationale. De prime abord, l’argument paraît irréfutable : puisque nous sommes désormais trop petits chacun dans son coin, allons donc vite nous rassembler davantage pour préserver, autant que faire se peut, les moyens de nos ambitions. Vive les projets de mutualisation et de partage ! Sauf que cette approche comporte de sérieuses failles.

Certes, les budgets de défense sont effectivement en baisse un peu partout en Europe. De surcroît, les coupes sont non seulement importantes (de 10 à 20% en moyenne), mais elles surviennent à un moment (depuis 2008) où déjà pendant la période précédente les capacités existantes avaient été surchargées (du fait des engagements en Irak et/ou en Afghanistan), et les investissements en équipements et R&D insatisfaisants (du fait de priorités calquées sur celles d’un Tiers, mais on y reviendra prochainement).

De telles contraintes budgétaires impliquent évidemment de sérieuses réductions sur le plan des capacités. Des coupes d’abord horizontales (réduction en nombre, en disponibilité etc., tout en essayant de maintenir la gamme entière, quoique de plus en plus creuse, des capacités), ensuite verticales (avec l’abandon de pans entiers, tels les avions de patrouille maritime au Royaume-Uni, les chars au Pays-Bas, ou le deuxième porte-avions en France et, avec lui, la permanence de l’outil aéronaval).

La solution, dit-on, s’impose d’elle-même. Elle consiste en la mise en commun des capacités des pays européens. Que ce soit par mutualisation, spécialisation, ou partage, l’idée est de préserver ensemble des moyens que l’on ne peut plus se permettre à l’échelle nationale. A première vue, quoi de plus normal ? A part, tout de même, quelques détails…

Premièrement, il y a quelque chose de profondément malsain à se mettre ensemble en matière de défense juste parce que l’on est à court d’argent. Pour s’y engager vraiment, il faudrait quand même partager plus que des problèmes pécuniaires. Une même vision stratégique ? Une même approche à la chose militaire ? Un projet ? Le « faute de mieux » n’est certainement pas une assise suffisamment solide pour y baser la défense des nations européennes.

Deuxièmement, s’en remettre à d’autres pour des pans entiers de ses capacités militaires suppose une confiance à toute épreuve. Or, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette confiance est quelque peu entamée en Europe en ce moment. Mais même sans scandales d’espionnage, de bisbilles monétaires et d’escarmouches politiques en tout genre, il suffit de penser au scénario (bien fréquent, dans le cas de l’Allemagne par exemple) d’une abstention/refus de la part de l’un des partenaires pour que tout l’édifice s’écroule instantanément.

Ce qui ne veut pas dire, loin de là, que la coopération et la coordination entre Européens ne soient pas souhaitables. Au contraire, elles sont même cruciales. A condition de respecter le principe de la réversibilité des engagements, et par là, les souverainetés nationales. Il convient de toujours garder à l’esprit les limites de l’exercice : l’écrasante majorité des Etats membres préfèrent le confort relatif de l’impuissance et de la dépendance à la responsabilité qui va avec la puissance et l’indépendance.

Pour certains d’entre eux, la mutualisation et le partage ne sont qu’un alibi commode pour laisser éroder encore plus leurs forces armées. Au point qu’ils finiront par ne pouvoir mettre en commun que leurs vides capacitaires respectifs. Pour d’autres, c’est une nouvelle étape logique de la subordination atlantiste. Laquelle étape devrait enfermer définitivement même les Etats membres jusqu’ici soucieux d’indépendance. Car s’engager dans des rapports d’interdépendance avec des partenaires dépendants d’un quelconque tiers revient au même que d’accepter soi-même la dépendance vis-à-vis de ce même tiers. Il est vrai qu’aux yeux de la plupart des gouvernements, loin d’être un épouvantail cette dépendance paraît plutôt de plus en plus désirable.

L’Amérique se détourne de nous ? Vite, devenons Américains !


L’annonce du « pivot » américain vers l’Asie avait laissé la majorité des Etats européens profondément traumatisés.[16] Le spectre d’un découplage est, en effet, leur pire cauchemar. Et c’est normal. Leurs industries d’armement sont tantôt déjà américanisées, tantôt réduites à un rôle de sous-traitance dans le système US, et leurs équipements achetés sur étagère (ou en « coopération » transatlantique) seraient paralysés du jour au lendemain sans un constant soutien américain. Le mythe du parapluie protecteur US/OTAN est essentiel pour eux afin de justifier leurs abdications (à la fois budgétaires et psychologiques), et leurs armées sont désormais explicitement formatées pour servir surtout d’auxiliaires dans des opérations dirigées par les Etats-Unis.

Dans ce contexte, il n’y a rien d’étonnant à ce que l’annonce américaine créée la panique un peu partout sur le vieux continent. Accompagnée de nouveaux retraits de troupes et de l’intensification de la présence US en Asie, la petite phrase sur « l’opportunité stratégique pour rééquilibrer l’investissement militaire US en Europe » a fait l’effet d’une bombe. Les sources de la nervosité européenne sont de deux ordres. Elles concernent d’abord les fameuses « garanties de sécurité » US en matière de défense collective, dont la fiabilité serait ostensiblement remise en question si les Etats-Unis se désintéressent de l’Europe.

D’autre part, les Européens s’inquiètent de cette nouvelle version de la sempiternelle mise en garde US, selon laquelle ils devraient assumer davantage leur part du fardeau, sinon… Sinon l’Amérique, justement, s’en désintéresse. Pour bien prendre la mesure de ce que cela implique, il faut se rappeler que, depuis toujours, invoquer le nécessaire « partage du fardeau » transatlantique signifie beaucoup plus qu’une simple délimitation géographique. Que l’Europe s’active davantage dans son propre voisinage n’est qu’une partie des attentes américaines à son égard.

Dès 1961, un aide-mémoire du Département d’Etat précise que « le déficit des Etats-Unis est entièrement dû à la défense du monde libre. Sans ces obligations librement assumées, les Etats-Unis enregistreraient un surplus ». Il faut donc des mécanismes de « renvoi de l’ascenseur ». Sous le président Clinton, le Bottom-up Review du Pentagone n’hésite pas à en énumérer quelques-uns : « Nos alliés doivent être sensibilisés au lien qui existe entre le soutien américain à leur sécurité et leurs actions dans les domaines tels que la politique commerciale, le transfert des technologies et la participation aux opérations de sécurité multinationales ».[17]

C’est donc sur tous ces terrains que les alliés européens cherchent désespérément à faire des efforts, afin de maintenir l’Amérique « engagée » en Europe. Plus l’Amérique semble s’éloigner d’eux, plus ils s’efforcent à lui donner des gages en se liant à elle encore davantage. Ils revalorisent l’idée de l’Occident et ils conçoivent chaque jour de nouveaux témoignages d’allégeance (comme passer l’éponge sur l’affaire NSA au plus vite possible, ou subventionner l’industrie d’armement US via des commandes aussi onéreuses qu’inutiles).

La négociation de l’accord TTIP (sur le libre-échange transatlantique) s’inscrit elle-même dans le cadre de cet empressement européen à plaire aux Etats-Unis, de peur qu’ils ne se détournent de nous pour aller vers le Pacifique. D’après l’ambassadeur US en Allemagne, le futur accord a vocation de devenir « la fondation d’un nouveau cadre stratégique », et le Secrétaire général de l’Alliance atlantique y voit l’amorce d’une nouvelle « OTAN économique ». Laquelle sera, espère-t-il, le fondement d’une « communauté transatlantique véritablement intégrée ».

Inutile de préciser que la réaction européenne au « pivot » des Etats-Unis défie toute logique. De toute évidence, l’annonce du rééquilibrage US confirme les thèses « autonomistes » selon lesquelles nous devons toujours compter avec au moins l’hypothèse d’un découplage (tôt ou tard, total ou partiel) des intérêts européens et américains. En tirer prétexte pour justifier encore plus d’abandons au nom d’un « occidentalisme » quelconque est une démarche pour le moins paradoxale. D’autant plus qu’à l’origine de la plupart de nos difficultés budgétaires en matière de défense, on trouve justement la même priorité américano-occidentale.

Tout n’est pas ce qu’il paraît : petit éclairage sur le pivot US et les budgets européens


Croire, une énième fois, que la pression des événements conduise enfin à « l’heure de l’Europe »( d’après la fameuse expression, en 1991, du ministre luxembourgeois Jacques Poos), ce serait une méprise tout à fait pardonnable. Car c’est effectivement ce que dicte la logique, même si la politique ne suit toujours pas. Force est de constater que non seulement le « pivot » US vers l’Asie ne semble pas près de galvaniser l’Europe de la défense, mais l’exacerbation des gestes de loyauté atlantiste qu’il suscite en Europe risque d’aggraver encore plus notre dépendance.

Un « désengagement » qui, au lieu de libérer de l’espace, en prend encore davantage


Le général Henri Bentégeat (ancien chef d’état-major des armées) a mille fois raison de dire que la nouvelle stratégie US du pivot « devrait servir d'’adjuvant’ pour la défense européenne ». Et il a aussi mille fois raison de le dire au conditionnel. L’impact du repositionnement US est à relativiser tant du côté européen qu'américain. Depuis son annonce, les Européens sont tétanisés à l’idée de voir éventuellement leur « protecteur » s’éloigner. Ils espèrent donc pouvoir conjurer le sort en multipliant les gages d'allégeance vis-à-vis des Etats-Unis. 

A commencer par des commandes insensées d’équipements US (soit « sur étagère » soit dans le cadre de soi-disant « coopérations »), dont l’avion F-35 Joint Strike Fighter est le meilleur parangon. Les acheteurs-participants européens s'accrochent plus que jamais à ce programme gangrené par des incertitudes, des défaillances et une gestion désastreuse. Et n'hésitent pas à y sacrifier des pans entiers de leurs capacités réelles, suite à d’inévitables arbitrages budgétaires.

L’autre exemple-type est la DAMB ou défense antimissile balistique. Les Européens ont fini par s’y souscrire dans le cadre de l’OTAN, malgré le fait que le système est un « non-sens », de l’aveu même d’un ancien ambassadeur US à l’Alliance. Pour l’ambassadeur Hunter, trop c’est trop : « Arrêtons d’essayer d’imposer la défense antimissile aux Européens réticents, en détournant l’attention de sujets beaucoup plus importants, en faveur de ce que nous savons être une exigence de politique intérieure américaine ». Les alliés, soucieux de donner des gages à Washington, n’en ont cure, manifestement.

Dans le même esprit, ils se précipitent à chanter les louanges du rôle que joua l’Amérique dans l’opération Unified Protector en Libye. En répétant à qui veut l’entendre que le voilà l’exemple : s’ils promettent, eux, d’être de plus en plus responsables (conformément aux souhaits de l'administration Obama), le coup de main des Etats-Unis n’en reste pas moins « indispensable ». En réalité, ça dépend du pour quoi faire et du comment. Et ce qui importe, en fin du compte, ce sont les leçons que l’on en tire (ou pas). Visiblement, pour la plupart, il s’agit surtout d’une occasion de plus pour encenser la nécessaire unité du soi-disant Occident.

L’Amérique, de son côté, se prête volontiers au jeu. Tout en brandissant en arrière-fond le spectre du pivot, elle participe à la mascarade de la prétendue cohésion occidentale. D’où la renaissance, à l’OTAN, des grands exercices annuels du temps de la guerre froide, une sorte de « Reforger Lite »*. C’est bon pour le moral et bon pour les armes. D'une part, en faisant comprendre aux Etats membres, inquiets de voir l’Amérique pivoter vers l’Asie, que le supposé parapluie est toujours leur meilleure assurance-vie. De l’autre, en faisant avancer la sacro-sainte interopérabilité, entendue comme le plus d’alignement possible sur les doctrines et standards des Etats-Unis.

C’est d’ailleurs l’une des limites des incantations de Washington pour que ses alliés prennent soi-disant plus d’autonomie. Comme l’a noté récemment l’ex-patron de l’Agence européenne de défense : « Les États-Unis n'attendent certes pas des Européens qu'ils agissent en toute indépendance vis-à-vis de Washington. Ils voudront que l’action transatlantique demeure pleinement coordonnée et que subsiste une interopérabilité aussi étendue que possible entre les forces et les capacités de façon, en particulier, à permettre l'utilisation d'équipements américains ».[18] D'autant plus qu'avec les budgets militaires en baisse, la compétition sur les marchés de l'export s'accélère.

De toute manière, l’Amérique est bien décidée à garder son contrôle sur l’Europe. Quitte à recourir à la bonne vieille méthode de « diviser pour mieux régner » s’il le faut. Philip Gordon (l’homme clé de l’administration Obama pour l’Europe) eut l’obligeance de résumer les tenants et les aboutissants du soutien US à l’unité du vieux continent. « Nous voulons voir une Europe forte et unie, qui parle d’une seule voix. Dans le meilleur des mondes possibles, cette voix dirait ce que nous voulons entendre… Si elle ne dit pas ce que nous voulons entendre, alors nous préférerions que cette voix soit moins unie ».[19] Et moins forte aussi.

Des budgets qui souffrent moins des baisses que des priorités otano-américaines


Pour ce qui est de la réduction drastique des budgets militaires européens, le constat selon lequel « l’Europe se désarme dans un monde qui se réarme » est, hélas, exact. Mais il faut tout de suite y ajouter une remarque. A l’intérieur des budgets, même réduits, il y a toujours des choix à faire. Et ils peuvent atténuer ou, au contraire, aggraver la tendance générale. Ces choix peuvent découler de notre propre vision du monde et de nos intérêts, ou imiter simplement ceux faits par un Tiers. A la longue, cette dernière option est toujours beaucoup plus chère. Dans tous les sens du terme.

Sur ce point, il convient de citer les propos du président du Comité militaire de l’UE. Pour le général Syrén, en plus des coupes budgétaires, « l’augmentation continue des coûts liées aux équipements de nouvelle génération, le fardeau de la transformation et enfin, dernier élément mais non le moindre, le coût élevé des opérations en cours » place les responsables militaires dans une situation impossible.[20] Ce qu’il oublie de mentionner, c’est que la plupart de ces coûts supplémentaires viennent de décisions prises d’abord aux Etats-Unis. Avec les Européens qui décident après… de suivre.

Inutile de préciser que cette posture de suivisme atlantiste cannibalise nos budgets (il suffit de se rappeler du F-35 JSF, du bouclier antimissile, ou encore de l’Irak et de l’Afghanistan). Ce qui est peut-être moins évident, c’est que le concept même de la transformation (développée aux USA suite à la fameuse RMA ou Revolution in Military Affairs, et reprise par l’OTAN, au point de nommer ainsi l’un des deux commandements stratégiques de l’Alliance); il est tout sauf innocent.

L’un des principaux promoteurs de la RMA, l’amiral Owens, nous éclaire lui-même sur les conséquences de l'adoption des postulats US : « Nous pouvons établir une nouvelle relation [avec nos alliés] qui soit fondée sur l’avantage comparatif dont disposent les Etats-Unis dans les domaines du C3I, de la surveillance et de l’acquisition de cibles et dans les armes à guidage précis. Ces outils offrent une marge de supériorité et sont attractifs pour toutes les nations, mais ils sont très coûteux à développer; [pour les Européens, désireux] d’en bénéficier sans avoir à en supporter le coût, la coopération avec les Etats-Unis devient attractive. Cela offrira à ces derniers un droit de regard sur la politique de défense de nos alliés ».[21]

Pour y échapper, la solution est évidente. Ce n'est ni la fuite en avant dans l'abdication pure et simple (laquelle ne ferait que renforcer notre mise sous tutelle), ni d'essayer d'investir encore plus dans un schéma conçu en fonction des priorités US. L'original aura toujours une longueur d'avance. Nous devons investir en phase avec nos propres objectifs, dans le respect de notre propre manière de faire la guerre, et de façon à ce que cela assure en priorité notre autonomie stratégique, y compris la pérennité de notre propre base industrielle et technologique.

Pour ce faire, il nous faut d’abord admettre que nous n’avons pas la même vision, la même ambition de suprématie écrasante (l’autonomie stratégique suffirait amplement), la même histoire, le même rapport à la technologie et la même approche à la manière de faire la guerre que notre allié américain. Ce qui mettrait immédiatement nos capacités et nos besoins réels sous une lumière nouvelle.

D’après Kori Schake, ancien membre du Conseil de sécurité nationale de George W. Bush et professeur à l'Académie militaire de West Point, « l'écart entre nous et nos alliés n'est pas aussi important que l'écart entre nos alliés et des pays ou des organisations contre lesquels ils pourraient éventuellement être amenés à se battre. L'Europe n’a peut-être pas ce que nous avons, leurs capacités ne lui permettent peut-être pas de se battre avec la connaissance, la précision et la confiance des États-Unis [sic], mais elles sont largement suffisantes ».[22]

Pour Mme Schake, l’Amérique ferait mieux de « modifier son approche, de sorte qu’elle se focalise moins sur ce que les Européens doivent acheter pour opérer comme nous le faisons, et se concentre plutôt sur comment nous pouvons combattre ensemble sans que les Européens deviennent des copies miniaturisées de la ‘American way of war ‘». Tout à fait exact. Sauf qu'il y a deux façons diamétralement opposées d'interpréter ce dernier constat.

Soit comme le point de départ pour un partage des tâches, dans lequel l’Europe se spécialiserait dans le civil, la prévention et le service après-vente. En abandonnant, du coup, toute ambition de puissance et d’indépendance. Soit comme un rappel du fait que se détacher des priorités fixées de l’autre côté de l’océan serait justement le premier pas, indispensable, vers cette même puissance et indépendance.

La nécessité d’une avant-garde sur base de volontarisme stratégique


De nos jours, il est devenu (enfin) généralement admis que l’approche à 28 (les Etats membres de l’UE au grand complet) est nécessairement une impasse, du moins dans les domaines les plus délicats. La défense est, de toute évidence, l’un des meilleurs exemples de ces secteurs incompatibles avec le dogme de « tous à la fois ». Ce n’est donc pas un hasard si la « flexibilité » en matière de défense, longtemps le grand tabou des débats européens, a maintenant obtenu droit de cité non seulement dans la pratique, mais aussi aux termes du traité de Lisbonne. Au moins jusqu’à un certain point…

En réalité, la géométrie variable n’est tolérée que si les diverses configurations « flexibles » se limitent à des questions opérationnelles et pratiques. D’où la préférence générale pour des regroupements sur base de capacités. Cette approche peut sans doute être utile, en particulier pour ce qui est d’encourager les Etats et d’obtenir des résultats tangibles au cas par cas. Mais elle ne sauvera pas l’Europe du déclassement stratégique ou, pour reprendre l’expression d'Hubert Védrine, de « la sortie de l’Histoire ». Pour rester dans la course sur une scène internationale en mutation profonde, le lancement d’une avant-garde sur base de vision stratégique serait à la fois urgent et impératif.

La rupture indispensable : de cercles multiples à une avant-garde


Ces derniers temps, il est devenu (enfin) généralement admis que l’approche à 28 (les Etats membres de l’UE au grand complet) est nécessairement une impasse, du moins dans les domaines les plus délicats. La défense est, de toute évidence, l’un des meilleurs exemples de ces secteurs incompatibles avec le dogme de « tous à la fois ». Ce n’est donc pas un hasard si la « flexibilité » en matière de défense, longtemps le grand tabou des débats européens, a maintenant obtenu droit de cité dans le texte même des traités. Au moins jusqu’à un certain point…

En réalité, la géométrie variable n’est tolérée que si les diverses configurations « flexibles » se limitent à des questions opérationnelles et pratiques. D’où la préférence générale pour des regroupements sur base de capacités. Cette approche peut sans doute être utile, en particulier pour ce qui est d’encourager les Etats et d’obtenir des résultats tangibles au cas par cas. Mais elle ne sauvera pas l’Europe du déclassement stratégique ou, pour reprendre l’expression d'Hubert Védrine, de « la sortie de l’Histoire ». Pour rester dans la course sur une scène internationale en mutation profonde, le lancement d’une avant-garde sur la base de l'exigence d'autonomie serait à la fois urgent et impératif.

Flexibilité, avec des limites


La différenciation (autrement dit la possibilité pour des Etats volontaires d’avancer plus vite et/ou plus loin que les autres) a longtemps été l’un des principaux tabous de la PSDC, au même titre que le concept d’autonomie stratégique et la défense collective. Toutefois, alors même que le verrou politique sur la « flexibilité » a été progressivement levé, conduisant à d’importantes modifications dans les traités,  celle-ci continue à n’être tolérée que dans la mesure où elle ne touche pas aux deux autres domaines interdits. Bref : différenciation, certes. A condition que l’on reste à des années lumières et d’une quelconque défense territoriale et d’une autonomie réelle.

Ce n’est pas un hasard si l’une des initiatives les plus prometteuses, et la plus férocement critiquée, de la défense européenne concernait justement une déclaration en cercle restreint, qui aurait pu conduire, au moins en principe, à de véritables avancées. Il s’agit du sommet de Tervuren entre la France, l’Allemagne, le Luxembourg et la Belgique que nos amis euro-atlantistes et d’outre-Atlantique (le porte-parole du Département d’Etat y compris) ont tout de suite tenté de ridiculiser en le qualifiant de « sommet des chocolatiers ».[23]

Réunie en avril 2003 à Tervuren, dans la banlieue de Bruxelles, « la bande des quatre » (autre appellation ringardisante que l’on employait à leur égard) ne proposa rien de moins que la mise en place d’une « Union européenne de sécurité et de défense (UESD) », composée des « Etats membres qui sont prêts à aller plus rapidement et plus loin dans le renforcement de leur coopération en matière de défense ».[24] Or malgré toutes les précautions d’usage sur la complémentarité OTAN-UE, et sur « le partenariat transatlantique » qui « demeure une priorité stratégique fondamentale pour l’Europe », les signataires ont commis un crime de lèse-majesté en touchant aux deux autres tabous.

D’un côté, en suggérant qu’en plus d’une « clause générale de solidarité et de sécurité liant tous les Etats membres de l’Union européenne », les participants de l’UESD « prendront l’engagement de se porter secours et assistance face aux risques de toute nature ». Une disposition que d’aucuns pouvaient interpréter comme une première remise en cause du monopole absolu de l’Alliance atlantique en matière de défense collective.

De l’autre, si les Quatre se refusaient toujours d’aborder sérieusement le volet « armement », pourtant décisif, de l’autonomie, ils ont jeté un pavé dans la mare en s’attaquant de front à une autre question lancinante, à savoir l’existence ou pas d’une chaîne de commandement indépendante. En proposant la mise en place « d’un noyau de capacité collective de planification et de conduite des opérations » de l’UE, ils ont franchi l’une des lignes rouges fixées dès le lancement de la défense européenne, et provoqué un tollé extraordinaire chez leurs partenaires.

En réalité, Tervuren n’a fait que soulever des problématiques qui ressurgissent, inévitablement, dès que l’on parle d’Europe de la défense. Mais qui ont fini, une fois de plus, par être intégrées à l’échelle du tout-UE à travers de compromis édulcorés (défense collective européenne subordonnée à l’OTAN, capacité de planification sur base ad hoc, limitée à une fonction d’interface avec le volet civil), qui les privent de tous leur sens. Tout aussi inévitablement. 

L’apport faux-révolutionnaire du traité de Lisbonne


Tout en gardant à l’esprit les limites de l’exercice, il est impossible de ne pas noter le changement radical qui s’est opéré, à Lisbonne (où le dernier traité en date fut signé en 2007), dans le traitement officiel de la « flexibilité ». Ancien paria, celle-ci a non seulement obtenu droit de cité, mais elle est devenue une des vedettes dudit traité. En 1997, à Amsterdam les chefs d’Etat et de gouvernement ont pris soin d’exclure le second pilier (la politique étrangère et de sécurité) du champ d’emploi des « coopérations renforcées » fraîchement introduites. Trois ans plus tard, le traité de Nice a permis la mise en œuvre des coopérations renforcées dans le second pilier… mais en stipulant fermement qu’elle ne pourra concerner les sujets « ayant des implications militaires » et de défense.

Par rapport à ces restrictions, il n’est pas étonnant que le traité de Lisbonne ait été perçu comme une sorte de mini-révolution. Car, dans le domaine crucial qu’est la défense, il a ouvert la voie à pas moins de quatre formes de « différentiation ». D’abord, le traité a fini par étendre le mécanisme de coopérations renforcées aux questions militaires (permettant ainsi à un groupe d’Etats, au moins 9, de lancer, s’il y a accord unanime des 28, une coopération approfondie sur tel ou tel projet concret).  

Ensuite, il consacre deux options de coopération restreinte déjà mises en pratique. Notamment le fait que« le Conseil peut confier la mise en œuvre d’une mission à un groupe d’Etats », et que « des groupes spécifiques sont constitués au sein de l’Agence [européenne de défense, ou AED], rassemblant des Etats membres qui mènent des projets conjoints ». Mais, surtout, le traité de Lisbonne introduit une nouvelle formule, la coopération structurée permanente (CSP), à laquelle pourraient recourir « les Etats membres qui remplissent des critères plus élevés de capacités militaires et qui ont souscrit des engagements plus contraignants en la matière en vue des missions les plus exigeantes ».

Or si la coopération structurée permanente a été la plus grande promesse de Lisbonne, elle est vite devenue sa plus grande déception. Pendant les sept ans qui se sont écoulés depuis, elle fut d’abord objet de controverse, puis de silence embarrassé. Un sujet auquel personne n’a plus envie de toucher. Manifestement, la CSP est à la fois trop et pas assez. Pour certains, elle serait, potentiellement, porteuse d’une perspective d’avant-garde, pour d’autres elle est dépassée d'emblée du fait des innombrables formules de coopération restreinte déjà en place.

En effet, outre les limites politiques mentionnées ci-dessus, l’existence de ces dernières est l’autre facteur qui relativise l’apport du traité de Lisbonne. A savoir l’argument selon lequel la flexibilité avait déjà été bel et bien présente auparavant. Et c’est vrai : les Etats membres ont depuis longtemps eu l’habitude de s’organiser en groupements divers, pour produire/acheter/utiliser les équipements de défense et pour préparer/lancer/participer à des opérations militaires.

Groupements multiples et variés versus un seul et même groupe pionnier


Au fait, il existe toute une gamme d’initiatives bi-, tri- et multilatérales sur base capacitaire, géographique ou autre (telles la NORDEFCO des pays nordiques, la force maritime européenne EUMARFOR entre la France, le Portugal, l’Espagne et l’Italie, la brigade franco-allemande, Eurocorps, EATC pour le transport aérien, ou encore le programme d’avion A400M) en dehors des cadres de l’Union européenne. De ce point de vue, Lisbonne n’a fait que confirmer que la différentiation est désormais vue par tous comme le seul moyen d’avancer en matière de défense dans l’UE.

Comme l’a observé l’ancien patron de l’AED, « En matière de défense, il est temps d’abandonner l’approche du ‘convoi’ – accepter la réalité d’une Europe à plusieurs vitesses et permettre la mise en place de ‘groupes pionniers’ composés d’Etats décidés à faire avancer les choses quand tout le monde n’est pas forcément prêt à s’y joindre ».[25] A première vue, rien de plus normal. Toutefois, en réalité, lorsqu’on met « groupe pionner » au pluriel, ce n’est plus une logique d’avant-garde (plusieurs vitesses) mais une logique « à la carte ». Même si on lui trouve de nouvelles dénominations ces jours-ci, il s’agit, au fond, d’un mouvement de désagrégation conforme aux traditionnels projets britanniques.

Certes, les divers groupements ciblés peuvent apporter une contribution utile sur tel ou tel projet dans tel ou tel secteur, mais il reste, à leur égard, deux réserves de taille. Premièrement, une coordination à l’échelle européenne pourrait s’avérer souhaitable à la fois pour des besoins de cohésion et d’impact. Mais aussi et surtout pour empêcher que les divers groupements ne passent, progressivement, sous le seul giron de l’OTAN. Car l’Alliance tente depuis quelque temps de devenir le réceptacle (notamment grâce à son nouveau concept de « pays-cadre ») des formations « flexibles », qui sont le seul potentiel de dynamisme dans la paralysie généralisée d’aujourd’hui en matière de défense.

Mais, avant toute autre chose, l’approche « à la carte » n’apporte pas de réponse aux deux questions essentielles que sont l’autonomie stratégique et la défense territoriale. Ce sont des objectifs qui ne pourraient être assumés que par une véritable avant-garde et qui, du coup, distingueraient celle-ci à la fois de la PSDC et des formules « à la carte ». Autrement dit, une avant-garde (ou groupe pionnier, au singulier) ne serait pas une coopération comme les autres. Elle aurait pour mission la mise en œuvre d’une défense européenne au sens exact du terme, et pour ce qui concerne le volet « défense » et pour ce qui est de son aspect « européen ». Par opposition à la seule gestion, de plus en plus civile, des crises, et par opposition aussi à une logique de subordination transatlantique.

Le chemin de la ré-européanisation : des idées à explorer


Manifestement, l’UE et la défense ne font pas bon ménage. Cela ne devrait pas être ainsi, mais c’est pourtant le cas. Et ce n’est sûrement pas un sommet à 28 qui y changera quoi que ce soit. Evidemment qu’il y aura des annonces, les communicants et les sherpas y travaillent depuis des mois. Pour savoir comment vendre quelques avancées en trompe-l’œil et comment masquer, autant que faire se peut, l’impasse d’un double constat. D’un côté, il n’y a pas d’Europe possible sans la défense. De l’autre, avec l’Europe, la défense se suicide inexorablement. La seule chose que les 28 puissent faire d’utile, c’est d’arrêter de provoquer plus de dégâts.

Ni avec ni sans


Jean-François Deniau, négociateur français du Traité de Rome et premier Commissaire européen chargé de relations extérieures, tenait déjà à attirer l’attention sur l’importance des questions de défense pour la construction européenne dans son ensemble. « Parce que tôt ou tard, elles conditionnent toutes les autres et parce qu’il n’y a pas de sentiment d’identité sans l’exercice de responsabilités, la plus importante des responsabilités étant celle qui consiste à rester capable de choisir son destin, autrement dit de se défendre ».[26]

Le problème, c’est que depuis la mise en place de la PSDC (politique de sécurité et de défense commune) il y a presque quinze ans, l’UE ne fait qu’étaler encore davantage sa propre impotence. D’abord en écartant la défense proprement dite (c’est-à-dire territoriale et collective) de sa politique de « défense ». Ensuite en montant une série de missions d’opérette tout en étant aux abonnés absents quand une situation de crise se présente (on pense au Liban, à la Libye, au Mali notamment). Finalement, en faisant mine d’ignorer que les missions d’opérette et tout le toutim qui va avec étaient censées nous aider à devenir plus  « européens » en matière de doctrines d'emploi et de politques d'armement. Au lieu d’être une simple succursale civilo-militaire de l’US/OTAN.

C’est une chose que l’Union européenne révèle sa vacuité inhérente quand on touche aux questions sérieuses de la défense. Ce qui est plus grave, c’est qu’en mal de légitimité et de sens, elle persiste à faire comme si elle était compétente. Or les avancées dont elle se targue sont en général des initiatives prises non pas à 28 mais à quelques-uns. Par contre, sur les dossiers où l’UE nuit carrément à la cause de la défense (et où des contre-mesures précises à l’échelon européen seraient donc urgentes), les dirigeants préfèrent toujours faire l’autruche.

Que faire à 28 pour limiter les dégâts ?


Au vu des désaccords de fond entre Etats membres (à la fois sur notre rôle à tenir dans le monde, indépendant ou à la remorque de Washington ; sur l’action militaire à envisager comme telle ou seulement en appoint à des missions civilo-humanitaires ; ou encore sur le volet industriel de la défense, où la protection, ou pas, de nos atouts stratégiques fait débat, ainsi que le rôle à jouer, ou pas, par l’Etat), la PSDC ne peut pas faire des miracles. Il suffirait juste qu’elle ne fasse pas de mal. Pour cela, les décisions à l’échelon européen devraient d’abord s’assurer à ne pas nous faire perdre l’acquis de la PSDC depuis 15 ans. Lequel se résume surtout en son existence, en tant qu'enceinte de coopération militaire en dehors de l’OTAN. Puis faire en sorte de ne pas paralyser ceux qui prendraient, éventuellement, des initiatives plus ambitieuses.

Premièrement, il conviendrait de réaffirmer la dimension militaire de la fameuse « approche globale ». Laquelle sera tout sauf globale si elle décide d’éliminer les uniformes des couloirs et des salles.[27] La réaffirmation implique une vigilance constante face aux projets de fusion civilo-militaire en tout genre. Notamment pour voir s'ils parviennent à respecter l’intégrité de la chaîne de commandement et les spécificités de la culture militaire. Sinon, ils sont à jeter immédiatement. Dans la même veine, les plans de « dispersion de l’expertise militaire » au sein du Service européen d’action extérieure sont à considérer avec la plus grande prudence. Et à bloquer impérativement, à moins d’obtenir que l’Etat-major de l’UE soit étoffé à l’avance.

Deuxièmement, il faudrait résister aux tentatives de réintroduction de la PSDC dans l’OTAN. Son autonomie institutionnelle par rapport à l’Alliance atlantique est, en effet, son principal acquis. De par sa naissance, elle avait brisé le monopole de l’OTAN dans les questions relatives à la sécurité du vieux continent. S’il faut absolument que l’on parle de temps à autre de « pilier européen » de l’OTAN, pour faire avaler une ou deux pilules amères à nos partenaires européens récalcitrants, soit. Mais un pilier qui se trouve strictement à l’extérieur de l’Alliance.

Troisièmement, il est urgent de mettre un coup d’arrêt aux mesures d’ouverture intra-européenne du secteur de l’armement tant qu’elles ne s’accompagneront pas de mécanismes de protection vis-à-vis d’Etats tiers. De tels dispositifs (de préférence européenne, pour ne pas la nommer) doivent être en place partout avant que des mesures d’ouverture n’entrent en vigueur, et ils doivent s’aligner sur le dispositif le plus exigeant en matière de protection de nos atouts stratégiques. Autrement, la règle est simple : accepter l’ouverture avec des partenaires ouverts à tout vent revient au même que de s’ouvrir soi-même et de se vendre au plus offrant.

Quatrièmement, la mutualisation et le partage des capacités n’est pas, en soi, une si mauvaise idée. A condition de respecter le principe de la réversibilité (sur le modèle de l’EATC). Sinon, les initiatives de mises en commun ne serviraient, d’une part, qu’à déresponsabiliser encore plus ceux qui n’ont déjà pas grand-chose à apporter à la table, et qui voient dans la PSDC un cache-misère derrière lequel ils pourraient se laisser aller encore davantage. De l’autre, elles verrouilleraient ceux qui avaient tenu jusqu’ici à maintenir des capacités militaires significatives. Elles les emprisonneraient dans un carcan collectif qui leur ferait perdre leur autonomie, et par là, toute motivation légitime.

Finalement, les critères du pacte de stabilité et de croissance doivent être modifiés au plus vite possible, pour limiter les effets néfastes du marché unique sur les investissements de défense. En renouant avec la proposition, faite par le président Chirac en 2005, de soustraire certaines dépenses militaires à la discipline aveugle des critères de convergence.

Aujourd’hui, le seul vestige du cavalier seul de l'ancien chef de l’Etat est cette remarque au point 3.3. dudit pacte : « une attention particulière sera accordée aux efforts budgétaires visant à accroître ou à maintenir à un niveau élevé les contributions financières destinées à encourager la solidarité internationale et à réaliser des objectifs de la politique européenne, notamment l'unification de l'Europe si elle a un effet négatif sur la croissance et la charge budgétaire d'un État membre ». A noter les ajouts obligatoires pour faire passer ne serait-ce que cette petite phrase. Il conviendrait donc de la remettre à plat, afin de pouvoir l’appliquer systématiquement pour des initiatives d’armement et de R&T (recherche et technologie) susceptibles de renforcer notre autonomie.

Un noyau dur autour de la France


Dans les circonstances actuelles, le maximum que l’on peut attendre des initiatives à 28, c’est de ne pas verrouiller les Etats au point de rendre impossible le regroupement, un jour éventuellement, de quelques pays ambitieux et déterminés qui décideraient de se constituer en une sorte d’avant-garde. Ils pourraient alors pousser, dans le cadre de l’UE, à la prise en compte des points explicités ci-dessus. Ou, faute de mieux, essayer par eux-mêmes de les mettre en œuvre.

Surtout, une telle avant-garde devrait se focaliser sur ce qui la distinguerait des autres configurations du type « géométrie variable » ou « Europe à la carte ». Notamment, elle devrait donner un sens à la fois aux mots « européen » et « défense ». En se souscrivant d’abord à des engagements de défense mutuelle entre participants. Ensuite, en se fixant comme objectif la poursuite et la préservation d’une réelle autonomie stratégique. Inutile de préciser qu’il est difficile de voir comment une telle ambition à quelques-uns pourrait sortir aujourd’hui du marasme ambiant.

Mais une chose est certaine : toute avant-garde digne de ce nom s’articulerait autour de la France. Autrement dit, le gardien du temple qui, traditionnellement, est toujours au rendez-vous quand il s’agit de faire valoir l’impératif d’autonomie et d’éviter l’assujettissement. Conformément à la tâche que lui avait assignée le général de Gaulle il y a plus de cinquante ans. « En attendant que le ciel se découvre, la France poursuit par ses propres moyens ce que peut et doit être une politique européenne et indépendante ». Certes, ce n’est pas toujours simple, vu les tendances générales. Mais c’est d’autant plus indispensable.

La France, quel gardien du temple pour l'Europe de la défense?


« C’est la PSDC – ou vivre dans un monde dirigé par d’autres »,[28] ce constat limpide fut la réplique de l’ancien patron de l’Agence européenne de défense, Nick Witney, à un article qui préconisait d’oublier la PSDC (la politique de sécurité et de défense commune de l’UE) et de nous en remettre plutôt à la seule Alliance atlantique. Le constat est à moitié exact. L’enjeu, c’est en effet la sauvegarde (ou pas) de notre liberté de choix. Mais faire de la PSDC le dépositaire de cette ambition, ce serait ignorer profondément son évolution. 

De la tentative d’émancipation qu’elle fut à l’origine, la politique de « défense » de l’UE est devenue un moyen d’affaiblissement de l’Europe et de ses Etats membres. Que ce soit la glorification de la soi-disant approche globale, la déresponsabilisation des uns et des autres sous couvert de mutualisation et de partage, le camisole de force budgétaire qui ne tient pas compte des efforts en matière de défense, la reconnaissance rampante de la primauté de l’OTAN, ou l’ouverture progressive de notre secteur d’armement à tous vents – tout laisse à penser que la PSDC de l’Union européenne est non seulement fort imparfaite mais carrément contreproductive. En tout cas si on tient toujours ne serait-ce qu'à l'idée de l'autonomie stratégique.

Vu que celle-ci n’est manifestement pas un objectif partagé par tous, la mise en œuvre d’une véritable défense européenne (au sens exact du terme, à savoir en assumant à la fois son caractère européen et sa dimension de défense) ne pourrait donc être que le fait que d’une avant-garde d’Etats membres. Hélas, parler d’Etats membres au pluriel est sans doute exagérer déjà. D’habitude, la France se retrouve bien trop seule lorsqu’il s’agit de proclamer et de poursuivre ce but.

En effet, pendant des décennies la diplomatie française s’est efforcée de faire de la pédagogie, en attendant avec patience que ses partenaires européens prennent enfin conscience de la nécessité d’une telle « politique européenne et indépendante ». Avec le résultat que l’on connaît. Mais aujourd’hui, le temps presse. Sous l’effet conjugué de la fuite en avant, déséquilibrée, de l’intégration européenne ; de la croissance exponentielle des coûts des systèmes d’armes ; du refus obstiné des pays européens à réfléchir en d’autres termes que le maintien de la tutelle américaine ; la France semble sur le point d’abandonner le combat.

Ces dernières années, même quand elle continue de tenir son discours habituel, on sent que le cœur n’y est pas. Son dernier baroud d’honneur fut le lancement de la défense européenne et le refus de la guerre en Irak. Depuis, la diplomatie française a adopté une autre attitude. Elle a abandonné sa posture « Don Quichotte », certes difficile mais digne, qui lui avait valu tant de moquerie de la part de ses « alliés et amis », mais tant de respect de par le monde entier. Aujourd’hui, le Quai d’Orsay préfère la recherche du compromis, quelques gestes symboliques pour dissimuler les abandons pratiques, en faisant l’éloge du pragmatisme.

Le premier problème, c’est que cela ne marchera jamais. Pour faire bref, ce n’est pas une approche dans laquelle la France excelle. La force de la diplomatie française a toujours été sa combativité, son intransigeance à assumer une position solitaire mais claire, sa capacité à faire valoir des principes évidents, avec une telle conviction et une telle confiance que ses adversaires se retrouvaient démasqués, face à leurs propres incohérences.[29] Par contre, elle n’a jamais été particulièrement bonne dans les demi-mesures, les faux-semblants et les évasions. Quand elle s’y essaie, non seulement elle se trahit, mais elle reste aussi, inévitablement, à la remorque des autres.

Le deuxième problème, c’est que cette expérimentation « hors-piste » de la diplomatie française arrive à contretemps. A un moment où son approche traditionnelle est validée, sur chaque point, par les événements. L’annonce du « pivot » américain vers l’Asie confirme l’analyse selon laquelle la sécurité transatlantique n’a jamais été «  indivisible » et que l’engagement américain ne pourra jamais être pris pour acquis. Sans parler de son prix. A ce propos, l’expérience des guerres en Irak et en Afghanistan, de même que les déboires liés aux achats d’armes US pourraient plaider pour une réévaluation de l’argument de rentabilité associé au rôle d’auxiliaire.

Finalement, l’émergence de nouvelles puissances et leur attachement ferme aux domaines de souveraineté rend plus évident que jamais que le concept d’autonomie stratégique n’a rien d’une notion démodée, prémoderne, qui serait le reflet d’un anti-américanisme primaire hérité des temps anciens. Bien au contraire. C’est perçu, en particulier par les nouveaux venus, comme le seul moyen de rester en lice dans un environnement international hautement compétitif, voire conflictuel. En somme, la France ferait mieux de retrouver sa traditionnelle approche cartésienne. Un bon début serait de s’en tenir à sa propre logique, basée sur quelques principes simples.

A savoir qu’il ne peut pas y avoir de défense européenne, tant que celle-ci ne sera véritablement européenne (sans relation de dépendance vis-à-vis d’un tiers) et véritablement défense (en assumant à la fois sa dimension militaire et son implication en matière de défense mutuelle). Le refus de l’indépendance conduit à la dépendance, le refus de la puissance mène à l’impuissance. Le deux, chacune de son côté, et a fortiori si elles vont ensemble, sont la voie royale vers le discrédit et, à terme, vers le déclassement.

L’idéologie pacifiste et l’atlantisme dogmatique doivent être écartés, une fois pour toutes, pour qu’une défense européenne ait une chance de se réaliser un jour. A ce propos, Robert Cooper (l’éminence grise derrière le Service d’action extérieure européenne et ancien conseiller du Premier ministre britannique Tony Blair, difficile à être soupçonné d’affinités gaullistes ou d’un quelconque anti-américanisme) avait observé fort justement que « rien ne garantit que les intérêts américains et européens soient toujours les mêmes ».[30] 

Or, poursuit-il, « La logique de la construction européenne voudrait que l’Europe développe, tôt ou tard, une politique étrangère commune, une politique de sécurité commune et, probablement, une politique de défense commune aussi. Mais le monde ne procède pas par logique. Il procède par choix politiques. ». Les choix sont manifestement faits aujourd’hui. Et, à moins d’un abrupt changement sous la pression des événements, ils nous conduisent inexorablement à l’encontre de toute logique. 

                                                               ***

[1] A la base de cette Note de réflexion: Hajnalka Vincze, Slippery slope : the Need to Reverse the re-Atlanticisation of European Defence, The Federalist n°2-3, 2013.
[2] Audition de l’amiral Édouard Guillaud, chef d’état-major des armées devant la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale, 5 octobre 2011.
[3] Richard Hatfield, The Consequences of Saint-Malo, public lecture at IFRI, Paris, 28 avril 2000.
[4] Madeleine Albright, William Cohen, Get ESDI Right, Wall Street Journal, 24 mars 2000.
[5] Peter W. Rodman, European Common Foreign, Security, and Defense Policies - Implications for the United States and the Atlantic Alliance, audition devant la Commission des Relations internationales de la Chambre des représentants américaine, 10 novembre 1999.
[6] Leo Michel, NATO, the European Union and the United States: Why not a virtuous ménage à trois?, Project papier présenté à la conférence “The Future of the U.S. European Command“, Washington DC, 19 juillet 2012.
[7] Robert D. Kaplan, How We Would Fight China, The Atlantic Monthly, juin 2005.
[8] Propos de Michel Miraillet au Séminaire franco-lituanien du 12 juillet 2013 « Bolstering the European Union as a full-fledged crisis management actor ». Cités par Nicolas Gros-Verheyde, L’approche globale, c’est comme le monoxyde de carbone…, 13 juillet 2013, Bruxelles2.
[9] Daniel Keohane, Unblocking EU-NATO Co-operation, CER Bulletin Issue 48, Centre for European Reform, juin/juillet 2006.
[10] Boyko Noev fut ministre de la défense de la Bulgarie (1994-1995), (1999-2001), et il est membre du Groupe de conseillers stratégiques du Conseil atlantique. Ses propos ont été prononcés à la conférence “The Future of US European Command”, 19 July 2012.
[11] Jan Techau, Forget CSDP, It’s Time for Plan B, European Council on Foreign Relations, 26 août 2011.
[12] Jolyon Howorth, CSDP and NATO Post-Libya: Towards the Rubicon?, Egmont Institute Security Policy Brief n. 35, juillet 2012.
[13] Jolyon Howorth, The EU and NATO after Libya and Afghanistan: the Future of Euro-U.S. Security Cooperation, Yale Journal, 26 février 2013.
[14] Que reste-t-il de l’hyperpuissance?, interview with Hubert Védrine, by Pascal Lorot, in Revue Géoéconomie, août-octobre 2013.
[15] Charles A. Kupchan, The Fourth Age: The Next Era in Transatlantic Relations, in National Interest, septembre-octobre 2006.
[16] Defense Strategic Guidance "Sustaining U.S. Global Leadership: Priorities for 21st Century Defense", janvier 2012.
[17] Report on the Bottom-Up Review, Département de la défense, octobre 1993.

[18] Nick Witney, Olivier de France, Etude comparative des livres blancs des 27 Etats membres de l’UE, Etudes de l’IRSEM n. 18, octobre 2012.
[19] Charlemagne’s Notebook, Sometimes, America likes a divided Europe, Economist.com, 30 septembre 2009.
[20] Lessons learned — General Syrén summing up three years as CEUCM, entretien in Impetus n. 14, automne/hiver 2012.
[21] Admiral Owens, High Seas. The Naval Passage to an Unchartered World, Annapolis, Naval Institute Press, 1995, cité par Yves Boyer, L’OTAN va-t-elle finir par “tuer” la politique européenne de défense?, Annuaire français des relations internationales 2010, (volume XI), Brussels, Editions Bruylant, 2010, p. 711.
[22] Kori Schake, Winning the Argument on NATO, papier présenté à la conférence “The future of US European Command”, 19 juillet 2012.
[23] US sneers at 'chocolate makers', News24, 3 septembre 2003.
[24] Déclaration commune sur la défense européenne, réunion des chefs d’Etat et de gouvernement d’Allemagne, de France, du Luxembourg et de Belgique, 29 avril 2003.
[25] Nick Witney, Re-energising Europe’s Security and Defence Policy, policy paper, European Council on Foreign Relations, juillet 2008.
[26] Jean-François Deniau, La découverte de l’Europe, Paris, Seuil, 1994.
[27] Nicolas Gros-Verheyde, C. Ashton déshabille les militaires. Uniformes interdits dans les couloirs, Bruxelles2, 16 décembre 2013.
[28] Nick Witney, It's CSDP - or live in a world run by others, European Council on Foreign Relations, 13 septembre 2011.
[29] Pour des exemples et une analyse d’ensemble, voir Charles Cogan, French Negotiating Behavior: Dealing with La Grande Nation, New York, Barnes & Noble, 2003.
[30] Robert Cooper, The Breaking of Nations, Order and Chaos in the Twenty-First Century, London, Atlantic Books, 2004.


(Hajnalka Vincze, Pente glissante : la réatlantisation de l Europe de la défense, novembre 2014, sur la base de Hajnalka Vincze, Slippery slope : the Need to Reverse the re-Atlanticisation of European Defence, The Federalist n°2-3, 2013)


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défense européenne, armement, avant-garde, approche globale


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