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Petites perles de la semaine écoulée (17 novembre 2013) - compilation des entrées Google+

17 novembre, 2013
Brève
Hajnalka Vincze
Relations transatlantiques
L’Europe perd confiance en Obama; d’après un article dans Wall Street Journal, signé par l’ancien rédacteur en chef d’International Herald Tribune. Plein de citations et de détails croustillants, l’article n’en est pas moins « truqué » subtilement. Sans doute le prix à payer pour rester dans le politiquement correct, tout en critiquant notre grand allié américain. N'empêche.
 
Il faut au moins souffrir d’amnésie pour parler de « nouveauté » en observant que les doutes des Européens se focalisent sur la personne du Président. Car loin d’être une nouveauté, c’est une figure répétitive. Se refusant à admettre qu’ils ont droit au même traitement sous tous les présidents US (p.ex. le manque de consultation et l'information après coup, ou mieux, par voie de dépêches d'agence de presse), les dirigeants européens cherchent maintenant à voir en la personne de M. Obama la source de tous leurs griefs. Comme ils l’ont fait pour M. Bush hier (dont le comportement aurait été soi-disant « un-American »).
(à partir de: John Vinocur, Europe Loses Trust in Obama, Wall Street Journal, 11 novembre 2013)
 
Partenariat oriental de l’UE – « encouragements » US
Auditions à la Commission des affaires étrangères du Sénat américain au sujet du Partenariat oriental de… l’Union européenne. A la veille du sommet entre l’UE et ses partenaires de l’Europe de l’Est/ Caucase du Sud, l’Amérique redouble d’efforts pour soutenir le rapprochement des ex-Républiques soviétiques aux structures de l’UE (par le biais d’accords d’association et d’accords de libre-échange pour commencer).
 
Victoria Nuland, Secrétaire d’Etat adjoint pour les affaires européennes/eurasiatiques, explique à la Commission US que l’administration multiplie ces derniers temps les occasions de faire savoir aux membres de l’UE à quel point l’Amérique est en faveur du processus (réunions bilatérales du Vice-Président avec les dirigeants européens, discours du Secrétaire d’Etat Kerry focalisé sur ce sujet lors du dîner transatlantique annuel, après avoir déjà rappelé à ses homologues de l’UE l’importance stratégique que les USA y attache à leur réunion à Vilnius en août dernier etc.).
 
De manière plutôt habile, les responsables de l’administration Obama ont réussi jusqu’ici à éviter de s’immiscer trop ouvertement dans ce qui est en principe une politique de l’UE (où, toujours en principe, l’Amérique n’a pas voix au chapitre). Cet activisme n’en révèle pas moins les pressions US qui s’exercent en coulisses. Au fond, les Etats-Unis considèrent toujours, comme l’a dit l’ancien ambassadeur US à Bruxelles, que l’UE et l’OTAN sont «nos deux grandes institutions transatlantiques».
 
La prudence d’aujourd’hui remonte en effet à une bourde de l’inimitable George W. Bush. Et à la réplique cinglante par laquelle le président Chirac a remis son homologue US à sa place tout de suite. Pour rappel : à propos de l’adhésion de la Turquie à l’UE, M. Bush s’est permis de déclarer devant une audience turque que « vous devriez obtenir une date de l’UE pour votre entrée dans l’Union européenne ». C’était la goutte de trop. La réponse du Président français ne s’est pas fait attendre.
 
Pour le président Chirac, Bush « est non seulement allé trop loin, mais il est allé sur un terrain qui n'est pas le sien ». Et à M. Chirac de poursuivre, lors d’une conférence de presse en marge du sommet de l’OTAN qui plus est : « Il n'avait aucune vocation à donner une obligation ou une voie quelconque à l'Union européenne. C'est comme si j'expliquais aux Etats-Unis la façon dont ils doivent gérer leurs relations avec le Mexique ».
 
Une comparaison à garder en tête, pour nos dirigeants européens, quand ils sont confrontés aux injonctions (ou «vifs encouragements») américaines. Même si dans les coulisses ça peut leur paraître moins indigeste.
(à partir de: U.S. Senate Committee on Foreign Relations Subcommittee on European Affairs, Hearings on A Pivotal Moment for the Eastern partnership: Outlook for Ukraine, Moldova, Georgia, Belarus, Armenia and Azerbaijan, 14 novembre 2013)
 
Armement
1. L’investissement dans les technologies critiques plus important que jamais. Quelques observations pertinentes à souligner dans le dernier numéro de European Defence Matters, le magazine de l’Agence européenne de défense. Difficile de les repérer dans le déluge de lieux communs (sur la nécessité de la coopération, sur les bienfaits escomptés du Pooling&Sharing etc.), dans le flot d’éloges à propos des deux rapports récents de la Commission et de Mme Ashton (par ailleurs fort insidieux tous les deux), et au milieu de l'énumération d'une multitude d’initiatives sympathiques mais accessoires. Les quelques remarques lucides sont donc d’autant plus précieuses qu'elles se font de plus en plus rares.
 
Christian Bréant, directeur de l’Agence pour la Recherche&Technologie, y tient des propos intéressants sur l’importance des technologies critiques. S’il prend une approche pragmatique (politique de démonstrateurs, focus sur les projets concrets, exploration de l’usage dual civilo-militaire), il ne le fait pas (contrairement à la majorité des responsables ces jours-ci) pour occulter les problématiques plus larges.
 
En prenant l’exemple de la filière nitrure de gallium (GaN), véritable technologie de rupture avec des implications colossales pour les capacités radar et la guerre électronique, M. Bréant tient à noter que : « Ni les Etats-Unis ni l’Asie ne donneront à l’Europe l’accès à des niveaux de compétences technologiques dont l’Europe a besoin dans ce domaine ». Idem pour d’autres technologies critiques, dont la maîtrise totale est pourtant indispensable pour rester performant/indépendant dans le domaine de l’innovation et de l’intégration des équipements de défense.
(Critical technology investment now more important than ever in European Defence Matters, Issue 04, 2013, pp11-12)
 
2. L'entretien avec Claude-France Arnould, directrice de l’Agence européenne de défense est informatif à plusieurs titres. D’abord Mme Arnould y confirme quelques chiffres. Les dépenses de défense des pays européens ont baissé de quelque 10 milliards d’euros (soit une diminution nette de 5%) durant les trois dernières années. Les lacunes capacitaires les plus criantes concernent le ravitaillement en vol, les drones, la cybersécurité et la communication par satellites.
 
De façon significative, la directrice de l'AED souligne qu'avec son chiffre d’affaires annuel de 170 milliards d’euros et les 750 000 emplois directs et indirects qui en dépendent, la base industrielle européenne de défense est « une composante vitale de notre autonomie stratégique ». Il est réjouissant de l’entendre dire.
 
De même que de la voir insister sur la nécessité de nouveaux programmes dont cette « industrie a maintenant besoin pour survivre ». En fait, les propos de Mme Arnould s’inscrivent dans la droite ligne d’une évolution dans la stratégie de communication, à l’œuvre depuis des mois. Il s’agit de justifier les initiatives capacitaires autant, sinon plus, par les besoins de l’industrie que par ceux de nos forces armées. Cette tournure s’explique par deux choses.
 
D’une part, le « rôle de pourvoyeurs de sécurité » à l’extérieur que l’on se plaît à attribuer à nos armées a beaucoup perdu de son attractivité ces temps-ci, sous le double coup de l’austérité et de l’Afghanistan/Libye. De l’autre, l’aspect industriel/emploi de la défense fut jusqu’ici entièrement négligé dans la rhétorique sur la PSDC (politique de sécurité et de défense de l’UE), alors qu’il aurait dû faire l’objet d’un effort de pédagogie permanent. D’autant plus qu’en réalité, cet aspect a été absolument crucial dans son lancement.
 
Même si l’on veut bien croire qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, le problème c’est comment s’y prendre. Surtout que les Etats membres sont profondément divisés sur le sujet. A trop vouloir insister sur les synergies avec la Commission européenne d’un côté et avec l’OTAN de l’autre, à trop insister sur l’ouverture intra-européenne et les fusions en tout genre, on risque d’y perdre l’impératif d’autonomie stratégique, justement.
 
Sans aller dans ces « détails », où réside pourtant le proverbial diable, les propos de Mme Arnould esquissent les pistes pratiques déjà identifiées pour les mois/années qui suivent. L’Agence sera réorganisée pour se focaliser sur trois domaines : 1. Capacités et programmes ; 2. Innovation et synergies avec les politiques de l’UE ; 3. Soutien à la défense (avec, au centre, la planification des priorités et la gestion durant toute la durée de service des équipements).
 
Les domaines clés pour les coopérations futures devront être le ravitaillement en vol, la communication par satellites (les cinq pays ayant des capacités devront tous les remplacer quelque part entre 2018-2025), les drones (où après avoir « manqué le développement des appareils de la première génération », les pays acheteurs de Reapers américains tentent maintenant de « s’organiser en une communauté d’utilisateurs comme solution à court terme ». Pour ce qui est de ne pas rater le prochain rendez-vous, Mme Arnould dit y travailler « à la fois du point de vue des technologies et de l’harmonisation des besoins militaires ». Amen.
 
D’autres priorités futures sont l’énergie (consommation énergétique des armées, normes « vertes » etc.) et la cybersécurité, où la question de la coopération est particulièrement délicate du fait de la mentalité de renseignement qui y prévaut selon Mme Arnould. Tiens, tiens, pourquoi donc ? On se le demande, surtout après l’affaire NSA/GCHQ/Snowden.
 
Finalement, en parlant de l’importance critique de la recherche&technologie, la directrice de l’Agence base son argumentaire (pas faux d’ailleurs) sur la nécessité de préserver une bonne dose d’avance en permanence afin de garantir la pérennité des exportations. A Mme Arnould d’y ajouter, comme accessoirement, la phrase suivante : « Et nous devons garder à l’esprit l’importance de l’indépendance technologique et d’autres considérations telle la sécurité de l’approvisionnement ». Par les temps qui courent, on dirait presqu’un « dérapage », malheureusement.
(à partir de: « Cooperation has become a necessity, not a luxury », entretien avec Claude-France Arnould, directrice de l’AED dans European Defence Matters, Issue 04, 2013, pp17-18)
 
A vendre : citoyenneté européenne
Malta free to sell EU citizenship, commission says. La Commission s’avoue impuissante face à la commercialisation de la citoyenneté de l'UE par certains Etats membres cupides et/ou en mal d’argent. Un procédé de vente de la nationalité que l’on pratique déjà ailleurs, dans quelques micro-Etats. Sauf que ceux-ci ne peuvent pas se prévaloir de donner, en même temps que leur passeport national, la clé du sésame européen. Et c’est justement là, tout le problème.
 
Le commentaire tronqué de la Commission est un cas d'école de la manipulation subtile. Il met en avant le fait que « les Etats membres disposent de toute leur souveraineté pour décider à qui et comment ils octroient la nationalité de leur pays ». Certes. C’est la moindre des choses. Mais ce n’est pas non plus la raison pour laquelle les acheteurs d’un passeport maltais pourront désormais travailler, si jamais l’envie leur venait, dans la fonction publique ou se présenter aux élections municipales en France.
 
Pour rappel : la citoyenneté européenne découle mécaniquement de la nationalité dans l’un des Etats membres. Elle implique, entre autres, la liberté de circulation et de résidence sur tout le territoire de l’Union ; la protection diplomatique et consulaire à l’étranger par n’importe quel État membre de l’UE ; le droit de demander du travail (y compris dans la fonction publique de son pays de résidence à l'exception de postes ultra sensibles); ainsi que le droit de vote et le droit de se présenter aux élections municipales et européennes dans l’Etat de résidence.
 
Dans le système actuel, voici donc le paquet que chacun des pays membres de l’UE peut décider, pour lui-même mais aussi (et surtout) à la place des autres, de mettre en vente… Car, répétons-le, l’Etat de résidence peut être choisi librement du moment où l’on aura obtenu (acheté) la nationalité dans l’un des Etats membres.
 
(à partir de : Malta free to sell EU citizenship, commission says, EU Observer, 14 novembre 2013)

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Tags:
défense européenne, élargissement de l'ue, politique américaine, ue, relations transatlantiques, drones, armement


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