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Petites perles de la semaine écoulée – compilation des entrées Google+ (23 mars 2014)

23 mars, 2014
Brève
Hajnalka Vincze
Russie-Ukraine / éventuelles sanctions aérospatial-défense
1. Washington ne semble pas pressé d'annuler ses quelques contrats aérospatial-défense avec la Russie. « Washington n’a plus que quelques accords majeurs de gouvernement à gouvernement avec la Russie en matière d’aérospatial et de défense, mais il semble de plus en plus que ce qui reste encore ne sera pas sacrifié juste pour protester contre la prise de contrôle de la Crimée par Moscou. » 
 
Visiblement, le Pentagone n’est pas pressé d’annuler les contrats en vigueur sur les hélicoptères Mi-17 russes destinés aux forces afghanes. Ni la NASA trop enthousiaste pour renoncer à sa seule possibilité d’acheminer des astronautes américains, à bord des Soyouz russes, vers la Station spatiale internationale.
(Michael Bruno, Barking at Russia, Aviation Week&Technology Blog Ares, 21 mars 2014)
 
A ce propos: La NASA a utilisé pour la première fois un avion russe SSJ-100 (un astronaute US partira justement le 26 mars prochain du cosmodrome de Baïkonour, où sont arrivés aujourd'hui les experts de la NASA à bord d'un Sukhoi Superjet-10. (RIA Novosti, 24 mars 2014)
 
2. Annulation possible de la vente des Mistral à la Russie ? Après la réintégration dans l'OTAN, l'achat de Reapers américains et la performance sur la Syrie, ce serait mettre le point sur le « i ».C'est vrai aussi que les « hauts responsables » US savent se montrer très persuasifs...
 
Pour mémoire: dès 2010 le chef du Pentagone a essayé de faire pression sur son homologue français en lui disant que « Cet accord /franco-russe sur la vente des Mistral/ enverra un mauvais message à la Russie et à nos alliés en Europe centrale et orientale ».?
(Russie : la France « pourra envisager » d’annuler la vente de Mistral, selon Fabius,  AFP, 17 mars 2014)
 
Accord de libre-échange transatlantique (TTIP)
La crise en Ukraine dope les pourparlers commerciaux USA-UE. Selon le représentant américain au commerce, « Les développements récents [i.e. la crise en Ukraine, pour ceux à qui ça aurait échappé] soulignent l'importance de la relation transatlantique. Aussi bien du point de vue stratégique qu'économique, le raisonnement en faveur du TTIP [le partenariat UE-USA de libre-échange en cours de négociation] ne pourrait jamais être plus fort »
 
Heureusement que M. Froman confirme le caractère éminemment stratégique de ce futur accord que l’on s’efforce de nous vendre sous le seul angle économique (à travers les mirobolants gains à en attendre en matière d’emploi et de croissance notamment).
 
Pour mémoire :
Petit retour sur le TTIP et sur l’un de ses plus fervents promoteurs – le Secrétaire général de l’Alliance atlantique.
Quand une ministre française se distancie de la « visée géopolitique » du TTIP
Quand même un Leon Brittan se montre plutôt sceptique par rapport au TTIP
(La crise en Ukraine dope les pourparlers commerciaux USA-UE, Reuters, 22 mars 2014)
 
Industrie d’armement
1. Le PDG de Dassault ironise sur les achats de Joint Strike Fighter. En trois minutes dix secondes*, les voilà bien résumés les tenants et les aboutissants de l’achat de JSF/F-35 américains par des gouvernements de notre vieux continent. A une question sur l’impact des ennuis du F-35 sur la vente du Rafale, le PDG de Dassault Aviation répond par un argumentaire d’une ironie magistrale.
 
En commençant par dire que « Malheureusement, je crois que peu de pays vont annuler le JSF. Non pas parce que c’est un bon avion ; ça on verra quand il sera opérationnel, ce qui n’est pas le cas encore, malgré le temps de développement ». Touché.
 
Et M. Trappier de poursuivre. « Je ne crois pas que certains pays l’abandonneront parce que son prix a augmenté (son prix a augmenté, fortement, mais ils continueront à acheter) ». Touché aussi. Ensuite, pour mieux illustrer le raisonnement extravagant des pays acheteurs, le PDG de Dassault cite l’exemple des Pays-Bas où les deux avions étaient notés à quasi égalité lors de la compétition en 2002.
 
Pour rappel : l'écart entre les deux propositions était infime (6,97 points pour le JSF contre 6,95 points pour le Rafale).  Or « pour le prix des 65 JSF de l’époque les Pays-Bas ne peuvent plus se payer que 37 avions – nous ça serait toujours 65 Rafale. Mais les Pays-Bas ont confirmé qu’ils achèteraient 37 F-35. Voilà. »
 
L’explication est irrationnelle, mais simple. Il s’agit d’une « une vraie volonté d’acheter américain quels que soient les prix, quel que soit le besoin opérationnel ». Cet aspect « politique » explique aussi les choix carrément absurdes des Italiens et des Britanniques, prêts à ajouter à leurs Eurofighters/Typhoons des F-35 des Etats-Unis. Le constat du PDG de Dassault Aviation ? « On voit bien qu’il faut deux types d’avion »…
 
Dernière petite remarque venue du président Trappier : les Américains ont « la force de mettre dans leurs contrats » la petite ligne sur le prix qui s’ajuste en fonction de toutes les variables possibles et imaginables. « On est bien moins bons commerçants, c’est bien connu, en France », ajoute-t-il d’un ton moqueur. Eh oui, les joies du « level playing field » à l’américaine, en matière d’armement.
 
*A partir de 2:03 sur l’enregistrement.?
(Dassault Aviation, Résultats annuels 2013 - Questions/Réponses, mis en ligne le 13 mars 2014)
 
2. La stratégie du président d’Airbus Group récompensée par un prix. Tom Enders comme stratège ? Certes. Reste à bien voir avec quel objectif à terme… Comme noté auparavant « Dès le départ, son intention d'évincer les Etats européens d'EADS et son désir de le transformer en une compagnie de facto américaine formaient un tout inséparable. » Ensuite, on peut y adhérer ou pas. A en juger par le prix qui vient de lui être décerné, cette « stratégie » ne déplaît pas autant que ça.
 
Voir aussi :
(La stratégie de Tom Enders, président d’Airbus Group, récompensée, www.electroniques.biz, 15 mars 2014)
 
Ukraine
1. Quelques points à souligner dans une excellente analyse sur la crise en Ukraine, de la plume de Pál Dunay, directeur de programme au Geneva Centre for Security Policy (et ancien directeur de l’Institut hongrois des Affaires internationales).
 
Premièrement, calendrier oblige, sur le référendum en Crimée prévu pour dimanche prochain, et ce qui s’en suivra. Pour M. Dunay, la Crimée en tant qu’Etat indépendant « serait bien entendu un pseudo-Etat, incapable de survivre sans le cordon ombilical de Moscou ». Les résultats du référendum sont d’ailleurs connus d’avance, puisque « 58% de la population est d’origine russe ».
 
D’après l’analyste, « Ce sera la troisième fois en 15 ans que les relations entre la Russie et l’Occident traverseront une phase de tension. Après le Kosovo en 1999, la Géorgie en 2008, vient la Crimée en 2014. Toutefois, personne ne va défier directement un Etat doté de plus de 8000 armes nucléaires. Il y aura un nouveau status quo. Le prestige de l’établissement politique russe va diminuer encore plus en Occident. Mais la confrontation politique avec l’Occident va augmenter la popularité du président Poutine dans son pays ». Encore plus, pourrait-on y ajouter là aussi.
 
Pour ce qui est de la situation en Ukraine même, l’expert hongrois n’a pas beaucoup d’illusions. « Les politiques restent dans les mains des oligarches dont le soutien leur était essentiel pour arriver au pouvoir. Que ce soit en finançant leurs campagnes électorales ou en affaiblissant le pouvoir de leur prédécesseur. Même si une partie du soutien lors des manifestations est venue de l’extérieur, il y en avait aussi en provenance de forces internes et celles-ci vont un jour présenter la facture. »
 
De toute façon, fait-il remarquer, « Si on mettait derrière les barreaux tout le monde en Ukraine qui fut corrompu, conclût des accords qui n’étaient pas dans l’intérêt de l’Etat et abusa de son pouvoir politique à des fins d’enrichissement personnel, le pays serait obligé de créer une toute nouvelle classe politique en partant de rien ».
 
Pour conclure, M. Dunay tourne son regard vers l’avenir« Le vrai problème, ce n’est pas la Crimée. C’est seulement un moment triste dans l’Histoire. [Le problème] c’est la région du Donbass de l’Ukraine, les centres minières et industriels de Kharkiv à Donetsk. Que fera Moscou quand ces parties-là de l’Ukraine voudront elles aussi se joindre à lui ? Comment la Russie empêchera-t-elle cela ? Elle devrait déjà commencer à modérer les espoirs de la population russe dans ces foyers démographiques ».
(Pál Dunay, Ukraine: Misunderstood?,GCSP web editorial,  6 mars 2014)?
 
2. Mme Clinton met un signe d’égalité entre Hitler et Poutine. La diabolisation marche à plein. Mais pauvre Hillary quand même. En comparant les actions de Poutine en Ukraine à celles d’Adolf Hitler avant la guerre, Mme Clinton attire les foudres de son propre camp alors qu’elle croyait si bien faire. Car ce n’était même pas son idée à elle… L’ancienne Secrétaire d’Etat US n’a fait que reprendre la comparaison faite la veille par Zbigniew Brzezinski, le « grand sage » de la politique étrangère américaine.
(Hillary Clinton says Putin’s actions are like ‘what Hitler did back in the ’30s’, Washington Post, 5 mars 2014)
 
3. Barack Obama exclut une intervention militaire en Ukraine. Ça a le mérite d’être clair. Malgré la rhétorique antagonisante envers la Russie et après les innombrables moulins à vent destinés à rassurer les petits belliqueux de l’Europe de l’Est (comme l’envoi de deux ou trois F-16 US supplémentaires ici ou là, toujours présentés comme le signe de la vigueur de l’OTAN et d’un engagement américain sans faille), les Etats-Unis n’ont évidemment pas l’intention d’envoyer leurs soldats. 
 
Heureusement, ajoutons-y tout de suite. Et heureusement qu’ils le disent clairement enfin, au moins. A observer, à partir de là, d’une part le changement de ton des petits belliqueux, de l’autre les efforts de communication pour convaincre que cela n’a aucune importance pour l’OTAN et l’engagement US. Lesquels auraient, de par leurs formidables moulins à vent, déjà fait leurs preuves tous les deux. ?
(Barack Obama exclut une intervention militaire en Ukraine, Reuters, 20 mars 2014)

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Tags:
ttip, crise ukrainienne, armement, joint strike fighter/f-35


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