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Brèves transatlantiques d avril-mai-juin 2007

La Lettre Sentinel n°46, juin 2007 - 28 juillet, 2007
Brève
Hajnalka Vincze

Quelques nouvelles de l’actualité européenne et transatlantique, brièvement présentées et commentées.

Le 30 avril dernier, le sommet annuel UE/Etats-Unis n’a pu accoucher que de bien maigres annonces. En effet, une Résolution du Parlement européen (PE), adoptée cinq jours auparavant, préfigurait déjà la difficulté à dénicher des points d’accord entre les deux rives de l’Atlantique. On y retrouve, à côté des professions de foi rituelles, bon nombre de sujets contentieux. Si les parlementaires sont de chauds partisans du renforcement du marché transatlantique, ils soulignent que celui-ci ne doit pas entraîner « une harmonisation vers le bas des normes sociales, environnementales et sanitaires ». Ils exhortent les Etats-Unis à reconsidérer leur position en matière de climat, les invitent à lever immédiatement le régime des visas discriminatif, demandent des clarifications au sujet du bouclier antimissile et déplorent les incertitudes liées à la protection des données transférées aux US. De surcroît, le PE « prie instamment le Conseil de publier une déclaration claire et vigoureuse invitant le gouvernement des Etats-Unis à mettre fin à la pratique des arrestations et restitutions extraordinaires ».

Pour ce qui est de l’énième édition du projet « marché transatlantique sans entraves », la constellation générale y est peu favorable. L’opinion publique reste plutôt sceptique (d’après le récent sondage de Bertelsmann Foundation seuls 54% des Européens, et parmi eux 28% des Français, approuvent l’idée), tandis que l’ambiance en Amérique évolue dans le sens d’un protectionnisme renforcé (avec des contrôles douaniers faisant figure de barbelés, ou encore le refus du Congrès de renouveler la permission accordée au président pour négocier par « voie rapide » les accords de libre-échange). Et ce n’est certainement pas le mot d’ordre du nouveau président français (« fin de la naïveté » et exigence de « réciprocité » dans nos rapports avec l’Amérique) qui arrangera les choses pour MM. Verheugen et Hubbard, fraîchement nommés à la tête du Conseil économique transatlantique dont la mise sur pied fut annoncée au sommet UE/USA.

En matière de réchauffement climatique, les dirigeants n’ont pu s’entendre fin avril que sur la nécessité d’une action « urgente ». Un mois après, pour contrer les propositions allemandes en vue d’un communiqué final des G8 que l’administration US jugeait « totalement incompatible » avec ses positions, le président Bush a dévoilé sa propre stratégie. Qualifié de « poudre aux yeux » par les Démocrates, l’initiative de Bush fut saluée comme un « énorme pas en avant » par certains Européens dont Tony Blair. A ce stade, on peut noter qu’une sensibilisation est en cours à Washington sur fond de crainte de prise de retard dans le domaine des technologies du futur et en jouant la carte omnipotente de la sécurité nationale. Mais si l’Amérique décide de rejoindre la lutte contre le réchauffement, c’est pour en prendre la tête. Or les Européens semblent unis sur deux points : l’exigence d’objectifs contraignants et la primauté de l’ONU. 

Concernant le régime des visas, autre épine dans le pied des relations transatlantiques, le sommet du 30 avril n’a pas avancé d’un pouce. 12 des 27 pays de l’UE (la Grèce et tous les nouveaux membres sauf la Slovénie) restent toujours exclus du programme  d’exemption de visas (Visa Waiver Programme : VWP) des Etats-Unis. Or l’UE manque ici une bonne occasion de s’affirmer. Il est vrai que Washington préfère traiter le sujet sur une base bilatérale et certains des pays concernés s’y plient de leur plein gré. Mais il est tout aussi vrai que la menace de mesures réciproques de la part de Bruxelles – restrictions pour les diplomates/citoyens US – aurait fondamentalement changé la donne. Et apporté une preuve tangible aux « petits nouveaux » de la solidarité et la plus-value de l’UE. Qui plus est, par rapport aux humiliations et pressions subies de la part des US. Ceci ne s’est pas fait. Quitte à laisser l’initiative à Washington, où des modifications du VWP se préparent, sous le signe d’une élargissement/durcissement sécuritaire général du programme.

La surenchère verbale en matière de bouclier antimissile, avec Washington et Moscou s’accusant mutuellement d’avancer des arguments « ridicules » ou « dérisoires », fut finalement remportée par Téhéran, qui qualifia le fait de brandir la menace nucléaire iranienne de « la blague de l’année ». Entre-temps, ceux qui s’attendaient à ce que les Démocrates US torpillent le volet européen du projet de l’administration ont dû se rendre à l’évidence : la Chambre n’a fait que suspendre la moitié de l’enveloppe demandée par l’équipe Bush, et ce jusqu’à la conclusion d’un accord avec la Pologne (censée abriter les intercepteurs US). Les négociations avec Varsovie s’intensifient donc, dans l’espoir de parvenir à un accord d’ici octobre. En République tchèque (désignée pour accueillir la composante radar) les référendums locaux, sans valeur contraignante, se succèdent et rejettent à l’unanimité le projet, tandis que les partis politiques s’efforcent désespérément de lui donner un habillage « OTAN ».

Fin juin, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a adopté le deuxième rapport Marty sur les activités de la CIA en Europe. Le document met en cause la Pologne et la Roumanie pour avoir abrité des centres de détention de la CIA, et reproche à d’autres pays européens de faire entrave aux enquêtes sur les « restitutions extraordinaires ». Comme pour confirmer ce dernier constat, le gouvernement italien a réussi, mi-juin, à obtenir le renvoi du procès par coutumance de 26 agents US accusés de l’enlèvement d’un imam en 2003. La décision de la Cour de cassation sur l’utilisation d’informations classées secret d’Etat est prévue pour octobre. Quoi qu’il en soit, le sujet est appelé à revenir sur le devant de la scène d’ici la fin de l’année, avec la sortie en salle d’un documentaire américain basé sur le livre « Torture taxi  ». Détail à retenir : d’après l’auteur, le film va mettre en évidence la responsabilité partagée des deux partis (Démocrates et Républicains) dans le lancement et la poursuite du programme.

Au mois de juin, la Chambre des Représentants du Congrès américain s’est penchée sur le dossier des relations transatlantiques. Si les auditions se sont plus distinguées par la quantité de lieux communs réitérés par unité de temps que par la qualité des échanges, elles n’en furent pas moins édifiantes. Nous avons appris entre autres que l’honorable Lawrence S. Eagleburger, ancien Secrétaire d’Etat auditionné pendant deux heures devant la Commission des Affaires étrangères, attend beaucoup de Nicolas Sarkozy qu’il trouve « a very good-looking fellow ». Une semaine plus tard, la même Commission tenait une autre séance, censée évaluer « ce que vaut » l’OTAN. Ici, le ton fut donné par le président de la Commission qui tenait à rappeler que « sans l’OTAN, nous parlerions aujourd’hui de la République socialiste soviétique de Belgique ». Il exhortait donc les Européens à envoyer plus de soldats en Afghanistan. Soldats, a-t-il précisé pour mieux faire comprendre les liens, « dont les grands-parents ont été libérés par nous de la tyrannie nazie de la Seconde guerre mondiale ».

En Afghanistan, justement, la stratégie mise en oeuvre fait de plus en plus l’objet de critiques internes à l’OTAN, suite à la multiplication des pertes civiles dites dommages « collatéraux ». Dans le courant du mois de mai, divers responsables européens furent amenés à se démarquer du mode opératoire US. Ainsi, pour le ministre italien des Affaires étrangères « la manière de conduire » certaines actions est « une source de préoccupation ». D’après le ministre allemand de la Défense un changement de tactique est indispensable. Cerise sur le gâteau, à son point de presse du 9 mai, le porte-parole de l’OTAN s’est lui-même défendu de toute implication de l’Alliance dans les « incidents » de la veille, en mettant l’accent sur la distinction entre l’OTAN et la coalition dirigée par les USA, et en conseillant aux journalistes curieux de « s’adresser à eux ».

La Résolution relative à la politique spatiale européenne, adoptée par le Conseil de l’Espace (ministres de l’UE et de l’Agence spatiale européenne) le 22 mai dernier, est avant tout une série de constats et de recommandations, mais qui sont basées, cette fois-ci, sur une analyse pertinente de la situation. Le document souligne que « le secteur spatial est un atout stratégique qui contribue à l’indépendance, à la sécurité et à la prospérité de l’Europe et à son rôle dans le monde », et prend position pour la recherche de synergies entre programmes civils et militaires. Au point de prévoir l’utilisation des programmes européens Galileo (navigation) et GMES (surveillance) par les militaires. En attirant l’attention sur les composants critiques des systèmes spatiaux, le Conseil insiste également sur la nécessité d’« éviter la dépendance de l’industrie européenne vis-à-vis des fournisseurs internationaux ».


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Tags:
défense antimissiles, espace, relations transatlantiques, renseignement


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