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Brèves transatlantiques de janvier-février-mars 2007

Hajnalka Vincze

Quelques nouvelles de l’actualité européenne et transatlantique, brièvement présentées et commentées.

Après de nombreux amendements et des débats houleux, le Parlement européen (PE) a adopté, le 14 février, son rapport sur les activités secrètes de la CIA en Europe. Même dans sa version finale édulcorée, du fait des pressions exercées par les gouvernements impliqués, la résolution dénonce 14 pays de l’UE (Italie, Royaume-Uni, Allemagne, Suède, Autriche, Espagne, Portugal, Irlande, Grèce, Chypre, Danemark, Belgique, Roumanie, Pologne) pour cause de complicité, à des degrés divers, dans le programme de « restitutions extraordinaires » des Etats-Unis (transfert clandestin de détenus vers des pays où ils risquent d’être torturés) et/ou pour manque de coopération dans l’enquête. Le PE considère que les pays européens devraient « renforcer le contrôle et la surveillance des activités des services secrets de pays tiers » sur leur territoire.

Des juges allemands et italiens ont lancé des mandats d’arrêt (Allemagne), voire des inculpations (Italie) contre des agents américains. Fin janvier, l’enquête du parquet de Munich au sujet du rapt, en Macédoine 2003, de l’Allemand d’origine libanaise Khaled el-Masri a abouti à 13 mandats d’arrêt contre des citoyens américains « très probablement » appartenant à la CIA. Le gouvernement allemand a tenu à préciser que l’affaire était du ressort de la justice et non de la politique. Deux semaines plus tard, un juge italien a décidé d’envoyer devant le tribunal de Milan 26 agents de la CIA (et leurs complices des services italiens) poursuivis pour l’enlèvement, il y a quatre ans à Milan, de l’ex-imam égyptien Abou Omar. Malgré un mandat d’arrêt européen délivré fin 2005, la demande d’extradition adressée aux Etats-Unis est toujours sur le bureau du ministre de la Justice. L’ouverture du procès à Milan a été fixée au 8 juin.

En prélude à la crise du gouvernement italien qui a failli finir en février par de nouvelles élections, le feu vert de Romano Prodi à l’agrandissement de la base américaine de Vicence (près de Venise) a divisé mi-janvier sa majorité d’union de la gauche, et provoqué une manifestation de plusieurs dizaines de milliers de personnes. La décision de doubler la surface de la base pour accueillir 1800 GIs supplémentaires venus d’Allemagne (en plus des 2750 soldats de la 173e brigade aéroportée déjà sur place), fut prise jadis par Silvio Berlusconi. La confirmation du projet par M. Prodi, censée apaiser Washington après les critiques italiennes au sujet de l’exécution de Saddam Hussein ou des raids américains en Somalie, fut qualifiée d’« acte de lâcheté humiliante » par les communistes et les Verts de la coalition. Selon le rapport du Bureau des Recherches du Congrès américain, paru fin janvier, 97658 soldats de l’armée américaine sont stationnés en Europe et en ex-URSS.

Au 1er février, un symposium de l’Agence de défense européenne (ADE) sur la base industrielle et technologique de défense réunissait à Bruxelles 300 participants venus des gouvernements, de l’industrie et des cercles académiques. Si les constats et les recettes proposées reflétaient, en majorité, le choix habituel de s’attaquer vaillamment aux symptômes sans parler du fond du problème, certaines observations allaient au-delà des discours convenus. Après avoir noté que « la bonne santé, peut-être même la survie de l’industrie européenne de défense nécessite une approche européenne, et une stratégie européenne », Javier Solana clarifia ce qu’il entendait par « européen ». Le Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité de l’UE précisa que nos industries doivent être « compétitives aujourd’hui face aux Américains, et demain face aux Chinois et aux Indiens ». Il ajouta que « dans le domaine des technologies clés de la défense, nous devons évoluer vers moins de dépendance par rapport aux sources non-européennes ».

Le 27 février dernier, le Danemark fut le dernier des 8 « partenaires internationaux » des Etats-Unis à signer le MoU (Memorandum of Understanding) sur leur participation à la phase de production de l’avion de combat F-35 Lightning II (Joint Strike Fighter, JSF). Mise à part une promesse d’achat de 100 exemplaires accompagnant la signature turque, les Pays-Bas, le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni, la Norvège, l’Italie et le Danemark se sont tous abstenus de s’engager dès maintenant en matière d’acquisition. Et pour cause. Un rapport de la Cour des comptes américaine, daté du 15 mars, juge le calendrier de développement toujours très aléatoire, et le dernier Selected Acquisition Report du Pentagone constate une augmentation de 23,3 milliards de dollars (+8,5%) du coût du programme durant le second semestre de 2006.

Le président du comité militaire de l’UE, le général français Henri Bentégeat a esquissé, le 16 janvier, quelques-unes des tâches qui attendent la défense européenne en 2007. Les groupements tactiques, déclarés pleinement opérationnels fin 2006, devront être complétés par une capacité accrue dans le domaine aérien et maritime. Le nouveau centre opérationnel qui servira, le cas échéant, de quartier général à des missions d’ampleur limitée, sera testé lors d’un premier exercice en juin. Le général prévoyait également « une augmentation très importante du nombre et de l’importance des missions civiles ». Alors qu’une opération civile en Afghanistan est déjà à l’étude, les préparatifs d’une future mission au Kosovo comptaient, fin mars, avec l’éventuel déploiement de 1500 policiers et magistrats. Dans le même temps, les 27 avaient décidé fin février de réduire le nombre de leurs militaires présents en Bosnie-Herzégovine de 6500 à 2500 d’ici au début juin.


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Tags:
armement, joint strike fighter/f-35, renseignement


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